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Dimanche 26 mars 2017
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LEED v4 : une opportunité pour les manufacturiers et les fournisseurs de matériaux !

Maryanne Cliche
Maryanne Cliche
Chroniqueur Développement durable

L’arrivée de la nouvelle version LEED v4 obligatoire pour les équipes de projets dès juin prochain suscitera des changements importants à la catégorie de crédits « Matériaux et Ressources ». Pour bien comprendre ces nouveaux enjeux, nous nous sommes entretenus avec une spécialiste de la certification LEED à qui nous avons posé quelques questions, Mme Josée Lupien, présidente de Vertima, entreprise spécialisée dans la construction durable qui conseille les entreprises pour l'atteinte de leurs objectifs tout au long de leurs démarches de développement durable comme la certification LEED® CANADA, et présidente sortante de la section du Québec du Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa).

Josée Lupien

Josée Lupien, présidente de Vertima

Quelle est votre expertise dans le domaine de la construction et plus spécifiquement dans le domaine de la construction durable ?

Cela fait maintenant 12 ans que je m’intéresse au domaine de la construction durable. Mes intérêts pour les principes du bâtiment durable et, plus particulièrement pour la certification LEED, se sont développés en 2002 lorsque j’œuvrais dans le secteur de l’industrie manufacturière en collaboration avec plusieurs architectes. En 2004, j’ai participé à la fondation de la section du Québec du CBDCa, événement qui selon moi, marque un tournant pour le rayonnement du bâtiment durable au Québec. Quelques années plus tard, mon conjoint et moi avons créé Vertima, une entreprise qui offre des services professionnels spécialisés aux acteurs impliqués dans la conception et la construction de bâtiments durables.

En tant que présidente sortante de la section du Québec du CBDCa, quel est le principal changement à surveiller avec l’arrivée de LEED v4 ?

Il est officiel qu’un des plus gros changements se situe au niveau des produits, puisque désormais l’accent est mis sur la transparence des manufacturiers. En effet, des points pourront être accordés lorsqu’une tierce partie aura validé les informations concernant la composition, la production et l’impact environnemental des produits, par exemple avec la Déclaration environnementale de produit (DEP)(i). Toutefois, d’autres changements seront à surveiller, tels que la mise à niveau aux normes de référence en matière d’efficacité énergétique et la réflexion entourant l’importance accordée aux impacts environnementaux des produits utilisés plutôt qu’à leurs attributs. Pour illustrer ce dernier aspect, prenons l’exemple d’un produit ayant un fort pourcentage de contenu recyclé. Avec LEED v4, ce même produit sera désormais évalué également selon son niveau de toxicité et pourrait donc être écarté des produits sélectionnés si sa toxicité est trop élevée.

Actuellement, quel est le principal défi pour les entrepreneurs qui souhaiteraient intégrer ces matériaux à leurs projets de construction ?

Le défi est à trois niveaux. Premièrement, il est primordial de récolter des documents clairs et précis intégrant tous les éléments nécessaires à l’analyse comparative entre les différents produits. Deuxièmement, chaque entrepreneur doit prendre connaissance des exigences spécifiques aux projets LEED de ses clients dès le tout début du projet. Enfin, l’analyse des informations reçues peut s’avérer complexe si l’entrepreneur et ses collaborateurs ne sont pas familiers avec certaines notions de base entourant la certification LEED. D’ailleurs, plusieurs formations sont actuellement disponibles sur le marché afin de bien outiller les acteurs travaillant de près ou de loin sur des projets LEED. Par exemple, l’ACQ et la Section du Québec du CBDCa offrent tous deux des formations portant sur la gestion des projets LEED.

Au niveau de la catégorie de crédits « Matériaux et Ressources », prévoyez-vous une adaptation plutôt rapide du marché québécois aux nouvelles exigences ?

L’adaptation sera inévitable, mais il est difficile de prédire si elle se fera rapidement. Premièrement, il est nécessaire de convaincre les manufacturiers d’adopter de nouvelles méthodes de travail (de nouveaux ingrédients ou de nouveaux procédés de fabrication par exemple). Ensuite, les manufacturiers devront intégrer l’analyse de cycle de vie (ACV) et les déclarations environnementales de leurs produits avant de parler d’adaptation complète.

Du point de vue d’un manufacturier ou d’un fournisseur, expliquez-nous quelles sont les opportunités d’affaires avec l’arrivée de LEED v4 ?

Plusieurs opportunités seront disponibles avec l’arrivée de LEED v4, bien qu’il sera intéressant de constater la stratégie des acteurs en place; ceux qui se positionneront les premiers par rapport à ceux qui privilégieront des produits écoresponsables de haut niveau ou éco-conçus, par exemple. Il ne faut pas oublier qu’au-delà de la certification LEED, d’autres initiatives existent au niveau international et les produits utilisés pour les projets LEED peuvent parfois aussi répondre aux exigences des défis tels que le défi 2030 ou Living Building Challenge.

Toujours du point de vue d’un manufacturier ou d’un fournisseur, quelles sont les étapes à suivre afin de se conformer aux normes spécifiques de déclaration exigées par LEED v4 ?

La première étape est sans contredit l’évaluation du marché afin de cibler les exigences des secteurs dans lequel œuvre votre entreprise. Par exemple, les exigences LEED au niveau résidentiel sont plus souples que celles des secteurs IC/I. Deuxièmement, il est primordial d’effectuer un inventaire complet des données des produits ciblés au niveau de la traçabilité des composantes et des procédés. Ainsi, vous serez en mesure d’avoir une première impression concernant le niveau d’ « écoresponsabilité » de vos produits. À la suite de cette analyse préliminaire, une analyse de cycle de vie complète est souhaitable afin d’avoir une idée exacte de l’empreinte environnementale de vos produits et pouvoir ajuster ceux-ci aux exigences du marché de la construction durable. Enfin, la dernière étape consiste à produire une déclaration environnementale de produit, qui en réalité est une synthèse des données standardisées recueillies lors de l’analyse du cycle de vie à l’étape précédente.

Pouvez-vous nous indiquer l’expertise nécessaire pour produire ces déclarations et surtout, quels sont les coûts qui y sont associés ?

Une analyse de cycle de vie requiert des modélisations intégrant plusieurs données et la déclaration environnementale de produit doit obligatoirement être auditée par une tierce partie. C’est pourquoi je conseille le recours à des services professionnels pour ce faire. Toutefois, la collecte de données est tout à fait accessible pour les manufacturiers désirant s’engager dans ce processus. Au niveau des coûts, cela peut grandement varier, puisqu’une analyse de cycle de vie complète requiert entre 6 à 12 mois. Les coûts peuvent être estimés à 30 000 $ voire 50 000 $ et plus pour certaines entreprises. Évidemment, cela variera selon le niveau actuel d’ « écoresponsabilité » des produits. Toutefois, puisque ceci peut représenter un investissement considérable pour les plus petites entreprises, il est possible d’y aller de façon graduelle en commençant par effectuer des déclarations au niveau des émissions (Health Product Declaration) du contenu recyclé par exemple. Ceci constitue un bon départ et est souvent plus rapide et moins coûteux !

Saviez-vous que ?
Pour les manufacturiers et les fournisseurs qui travaillent sur des projets LEED v4, les changements prendront effet dès juin 2015.

TRUC : une collecte rapide des informations et des exigences LEED spécifiées par les clients dès la phase des dessins d’ateliers évitera des retards au niveau des échéanciers du projet !

ASTUCE : une analyse de cycle de vie préliminaire effectuée en parallèle à des déclarations de produits de santé et une volonté de réflexion envers l’impact de vos produits marque un engagement concret envers la transparence et est souvent plus simple et accessible !

(i) Une déclaration environnementale de produit décrit les impacts environnementaux de ce dernier selon une série de règles catégorisées par produits, de même qu’à partir d’une banque de données issues d’analyses de cycle de vie.

Dernière nouvelle :
Le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa) confirme que l’industrie disposera d’une période de transition prolongée pour bien se préparer à l’intégration de LEEDv4.
La période d’inscription des projets à LEED Canada est prolongée jusqu’à octobre 2016.
http://www.cagbc.org/News/EN/2014/20141028_News_Release.aspx

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