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BRANCHÉ SUR LA CONSTRUCTION
Vendredi 24 mars 2017
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L’industrie de la construction québécoise : en récession ?

Jean-Philippe Cliche
Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur Économie

Le mot récession est en vogue depuis quelque temps. Bien qu’il existe plusieurs façons de définir ce terme, au Canada, une récession se définit techniquement par un recul du produit intérieur brut réel pendant deux trimestres consécutifs (6 mois), ce qui a plongé le pays en récession en première moitié d’année.

Aux États-Unis, le National Bureau of Economic Research (NBER) est l’organisme responsable de la définition d’une récession, et il la qualifie comme suit : « Une récession est une baisse importante de l’activité économique qui se manifeste sur l’ensemble de l’économie, dure plus que quelques mois, s’observe normalement dans la production, l’emploi et le revenu réel, et influence négativement d’autres indicateurs. » Notez que d’autres organismes, tels que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ont leur propre définition du concept.

Mais qu’en est-il de l’industrie de la construction au Québec, est-elle en récession ? Le graphique suivant démontre que les investissements en construction non résidentielle sont en diminution depuis l’année 2012.

Dépenses d'immobilisation en construction non-résidentielle

On y constate aussi que les investissements publics (en rouge) sont demeurés inchangés depuis 2010, avant de diminuer légèrement en 2014. Or, puisqu’il y a de l’inflation dans les coûts de construction comme dans tous les secteurs de l’économie, une stagnation des investissements publics en dollars courants implique nécessairement une diminution de l’activité réelle en construction. Dans le cas du secteur privé, la contraction des investissements en construction par rapport à 2012 est beaucoup plus marquée, alors que certains grands projets miniers se terminent dans le Nord québécois. Qui plus est, la chute draconienne du prix des ressources naturelles, notamment le fer, devrait exacerber la diminution des investissements privés au cours des prochaines années. Mince lueur d’espoir, le secteur de la fabrication, qui devrait profiter de la dépréciation du taux de change canadien par rapport à la devise américaine, ainsi que de la reprise de la première économie mondiale. Il serait cependant bien surprenant qu’à lui seul, ce secteur annule la contraction des investissements privés dans la province.

Constat similaire du côté du secteur résidentiel neuf, alors que l’on voit une diminution des investissements depuis l’année 2012. En fait, les investissements totaux y sont passés de 9,4 milliards de dollars en 2012 à 7,7 milliards en 2014, une diminution de près de 18 % en deux ans. Les mises en chantier ont évidemment suivi ce mouvement baissier, alors qu’elles sont passées de 47 367 à 38 810 pendant cette période.

L’année 2015 ne fera pas exception. En effet, une baisse de l’activité est attendue dans l’ensemble des secteurs de l’industrie, exception faite du secteur du génie civil et voirie qui profitera, entre autres, des investissements publics reliés à la réfection de l’échangeur Turcot et à la construction du nouveau pont Champlain. La rénovation domiciliaire fera aussi exception, elle qui est en constante progression depuis plusieurs années.

Prise dans son ensemble, il est manifeste que l’industrie de la construction québécoise chute depuis 2012, soit depuis près de quatre ans. Il s’est perdu 6 342 emplois en construction (travaux assujettis à la Loi R-20) entre 2012 et 2014, et la masse salariale totale des travailleurs a diminué de près de 400 millions de dollars durant cette période et des baisses sont encore prévues en 2015. Peu importe la définition que vous choisissez, vous ne pouvez que conclure que l’industrie de la construction québécoise est en récession, et ce, depuis plusieurs trimestres.

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