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Jeudi 21 septembre 2017
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Aperçu d'implantation d'un programme de cadenassage L'exemple d'Aluminerie Alouette à Sept-Îles

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Selon Sébastien Scherrer, directeur Santé, sécurité et environnement d'Aluminerie Alouette, l'industrie de la production d'aluminium est déjà conforme à la nouvelle réglementation sur le cadenassage. « Notre industrie est reconnue pour viser les plus hauts standards en matière de prévention des accidents du travail. Les résultats en termes de fréquence d’événements le démontrent d'ailleurs. »

Alouette est une entreprise qui est née en 1989. L'usine a été mise en opération en 1992. « À cette étape, on s'était déjà inspiré des meilleures pratiques en vigueur auprès de nos actionnaires. Nous avons été aidés dans le processus par une firme spécialisée en conception et implantation de programmes de prévention. Ensemble nous avons créé un programme singulier, totalement adapté à Alouette. Mais sans les employés, il aurait été impossible d'y parvenir. Ce sont eux qui nous ont le plus aidés dans la mise sur pied et l'exécution du plan. » On doit préciser que la culture d'entreprise est un précieux atout. On ne peut obtenir de succès sans un engagement ferme de la direction d'entreprise et sans l'appui indéfectible des employés. La compréhension et le respect des procédures sont des conditions fondamentales et indissociables de cette réussite, dit-il. « Le cadenassage, c'est la méthode privilégiée pour maîtriser les énergies qui sont dangereuses pour la personne qui doit effectuer un travail d'inspection, d’entretien, de déblocage ou de remplacement de pièces sur une machine. »

Cellule de veille

Le programme de cadenassage d’Alouette est mis à jour systématiquement tous les trois ans, mais est en constante évolution. Il est assorti d'une vigie légale qui permet d’anticiper les évolutions réglementaires, notamment l'amendement proposé en automne. « Aussi, nous participons régulièrement à des rencontres de comités liés à notre industrie. D’ailleurs, l’Association de l’aluminium du Canada, à travers les intervenants en santé-sécurité des trois producteurs d'aluminium, s’est dotée d’un Comité SST permettant d’échanger sur les meilleures pratiques tout en abattant les barrières compétitives du secteur. Car en matière de santé et sécurité du travail, il n'y pas de concurrence : nous n'avons qu'un but : améliorer la santé et la sécurité des travailleurs de l'industrie, incluant nos sous-traitants. On met ainsi nos pratiques en commun. Nous allons même jusqu'à faire l'audit des programmes des autres membres de l'industrie, sur invitation. Ce faisant, nos programmes de formation et de partage de la connaissance sont mis en commun afin d’obtenir les meilleures performances.

Dans une usine aussi imposante qu’Alouette, il faut procéder à plusieurs opérations de cadenassage tous les jours. Des machines peuvent briser ou bloquer, et nous devons intervenir de façon sécuritaire avant tout. L'usine qui compte environ mille employés, dont plusieurs destinés à l'entretien et à la réparation de l'équipement, fait également appel à des sous-traitants dans cette mission. Ces derniers suivent la même formation que le personnel interne d'intervention. Clairement, chaque employé des firmes sous-traitantes devant intervenir sur nos machines doit démontrer que sa formation est à jour avant même d’accéder au site de l'usine. À cet égard, nous disposons d'un système d'accès à la guérite du site qui permet de contrôler chaque visiteur et de déterminer avec certitude s'il dispose d'un permis de travail en règle et des certifications exigées pour effectuer le travail prévu. Ce qui inclut la confirmation de la mise à jour de toute formation avant d'intervenir sur nos machines. La validation de sa compétence en matière de cadenassage, en outre la présentation de documents d'attestation officielle, est vérifiée à l'aide d'outils informatiques par le personnel autorisé à l'entrée. À défaut de montrer patte blanche, l'accès au site est refusé », explique Sébastien Scherrer pour démontrer le sérieux des étapes entourant l'implantation d'un programme de cadenassage.

Principales étapes

Il convient de préciser que l'implantation d'une procédure de cadenassage nécessite de la compétence et du temps. On ne peut lésiner sur les moyens, notamment sur l'investissement de l'employeur et du personnel pour mettre en place de saines méthodes d'exécution du travail. Un bon plan de match comportera plusieurs étapes. L'une d'elles consistera notamment à faire l'inventaire de tous les équipements qui nécessitent ou nécessiteront une intervention à un certain moment dans une zone dite dangereuse. « Le processus doit prévoir une mise à jour en continu pour l’ajout d’un nouvel équipement ou un oubli éventuel de certaines machines. Chaque jour, on peut découvrir une situation permettant d'observer qu'il n'existe pas de fiche en place pour un équipement ou une certaine tâche donné. Or, si rien n'a été développé pour une machine, on prend un temps d'arrêt et on interdit à quiconque de travailler sur cet appareil. Car on doit toujours mettre au point une procédure de cadenassage avant d'intervenir dans la zone dangereuse d’un équipement. D’où l'importance de l'engagement de la direction. Il ne suffit pas d'allouer les ressources nécessaires au départ du projet, mais d'être capable d'accepter que dans le programme de cadenassage, on doive arrêter la production pendant deux heures ou plus, le temps d'édicter et de réviser la procédure avant d'intervenir sur l'équipement en question. »

Or, une fois la liste d'équipement dressée, il faut étudier le type d’énergie de chacune des composantes et le moyen d’en isoler la source. Par exemple, il faut identifier chacun des sectionneurs électriques de chacun des moteurs avant d’intervenir sur un convoyeur. « Cette validation est effectuée par des employés de l'usine qualifiés, au corps de métier correspondant aux sources d'énergie identifiées; des gens qui travailleront en paire. Dans le cas d'un appareillage électrique, deux électriciens qualifiés seront sélectionnés par le gestionnaire du secteur de l'usine où se trouve l'appareil. Ils vont ensemble identifier et valider la ou les sources d'énergies dangereuses sur cet équipement et décrire comment on fait pour isoler l'énergie qui alimente cet appareil. Ces deux individus vont ainsi déterminer une procédure d'intervention spécifique à cet appareil, c'est-à-dire constituer une fiche d'intervention à être approuvée par le gestionnaire de secteur. Cette fiche de cadenassage indiquera clairement ce qu'on fait avant d'entrer en zone dangereuse. De cette manière, si la machine brise, on saura exactement où apposer le ou les cadenas une fois l'alimentation d'énergie coupée pour éviter tout risque qu'un tiers viennent réactiver l'énergie, alors que les travailleurs s'affairent à l'intérieur de la zone dangereuse. »

Accès aux fiches

« Un bris de machine peut survenir à toute heure du jour ou de la nuit. C'est pourquoi chacune des fiches préparées est constituée en fichier dans un système informatisé. Elles logent dans le système intranet de l'usine et sont facilement accessibles à tout employé qualifié qui aura à intervenir sur une machine bloquée ou en panne », indique Sébastien Scherrer. Aussi, dans cet esprit de responsabilité, chaque employé a reçu de l'employeur deux cadenas gravés à son nom pour identifier la personne qui a isolé la source d'énergie et, ce faisant, qui devra rétablir l'alimentation. Dans l'éventualité où un des travailleurs oublierait de retirer son cadenas du dispositif de coupure d'énergie, une procédure détaillée vise à retrouver la personne et à la faire revenir à l'usine pour retirer son cadenas. Cependant, la rigueur d’application du règlement et l'engagement de chacun des employés envers sa propre sécurité et celle de ses collègues rendent cette distraction plutôt rare.

Précisons qu’Aluminerie Alouette est déjà conforme au plan d'amendement de santé et sécurité projeté pour l'application d'une procédure de cadenassage adéquate.

La révision des procédures et les étapes décrites dans cet article ne constituent en rien un plan d'ensemble. Elles ne formulent qu'un aperçu de plan d'intervention et ne peuvent être réalisées sans un programme de formation adéquat et un continuel audit de performance des procédés.

Sébastien Scherrer
Sébastien Scherrer

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