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Jeudi 21 septembre 2017
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Construire en bois : Le lamellé-croisé sort du bois

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Photo : www.naturallywood.com

Confinée depuis longtemps dans le créneau de la construction résidentielle à ossature légère de quatre étages ou moins, l’industrie du bois dispose d’une nouvelle arme pour s’attaquer au secteur commercial et résidentiel des bâtiments de bois de plus de quatre étages : le panneau lamellé-croisé (CLT en anglais pour cross laminated timber).

Comme le confie Michel-Arnauld d’Abbadie d’Arrast, président de C.L.T inc., un nouveau joueur québécois dans l’usinage de lamellé-croisé qui s’apprête à faire concurrence à Nordic et KLH Élement par le biais de sa nouvelle usine de Ripon, en Outaouais : « Il s’agit d’une véritable révolution. C’est comme si on introduisait un IKEA dans le marché de la construction. »

article-construire-bois5En Europe, où il a été introduit par la firme KreuzLagenHolz (KLH) il y a 15 ans, la demande pour ce produit double tous les ans et atteint présentement une valeur d’un milliard de dollars. Au Québec, où il a été introduit par le producteur Nordic, le lamellé-croisé prend tranquillement son envol malgré le défi qu’il pose aux professionnels - architectes et ingénieurs – peu formés à la conception d’un produit qui demande une expertise particulière. Car si le lamellé-croisé se distingue par plusieurs caractéristiques séduisantes, notamment une grande résistance structurale, une bonne stabilité globale, une bonne résistance au feu (en ajustant l’épaisseur des panneaux) et une empreinte écologique favorable, ce n’est pas une panacée. « Le panneau lamellé-croisé, ce n’est pas une secte là, ironise, à cet égard, Michel-Arnauld d’Abbadie d’Arrast. Il y a des endroits dans un bâtiment où il n’est pas rentable ou utile. Et ce n’est pas le matériau qui a la meilleure insonorisation. Mais c’est un produit très attractif lorsqu’on sait réaliser le dosage d’intégration du lamellé-croisé selon le type de bâtiment ». En effet, il n’existe pas de construction 100 % lamellé-croisé. Tout bâtiment qui utilise ce matériau est, par sa nature même, un système hybride auquel s’ajoutent d’autres composants. Mais la « teneur » en lamellé-croisé d’un projet typique est plus forte que tout autre matériau utilisé dans la construction en termes de pourcentage de coût total du projet.

La demande pour le lamellé-croisé semble en tout cas confirmer ses attraits. Structurlam, un des deux producteurs majeurs canadiens, situé en Colombie-Britannique, est au maximum de sa capacité, affirme Michel-Arnauld d’Abbadie d’Arrast.

Mais la construction d’édifices multiétages en lamellé-croisé se bute quand même au poids des traditions du milieu de la construction. « En effet, un des problèmes du système lamellé-croisé, dit Michel-Arnauld d’Abbadie D’Arrast, est que sa présentation a été faite par des scientifiques et qu’il n’y a pas beaucoup de gens dans la conception, le développement et la construction qui se sont mêlés de ça. Mais le fait que la Charte du bois permette la construction en bois de 5 et 6 étages ouvre cette brèche parce que, honnêtement, il y en a qui n’auront pas le choix : ils vont devoir sauter dans l’arène.»

« Il y a un gros buzz qui se crée actuellement autour du lamellé-croisé », opine Frédéric Verreault, porte-parole de Nordic Structures Bois et de Chantiers Chibougamau, premier fabricant de lamellé-croisé dans l’est du Canada. Quand on voit à quel point le lamellé-croisé a soufflé les parts de marché de ses concurrents de produits plus traditionnels en Europe, on peut être optimiste. Mais maintenant il faut passer aux projets tangibles. C’est un processus qui est long, mais normal. Dans le lamellé-collé – en quelque sorte l’ancêtre du lamellé-croisé – cette phase d’implantation dans le milieu de la construction a pris entre 5 et 8 ans avant d’atteindre vraiment son envol. »

Nordic travaille depuis déjà 2 ans à l’introduction du produit sur le marché de l’est du Canada et l’entreprise est encore très peu sollicitée par rapport aux capacités de l’usine de Chantiers Chibougamau. « Il n’y a même pas un quart de travail qui est mobilisé par les projets qui sont en voie de réalisation. Mais on savait que ce serait exigeant; c’est là le risque d’être le premier à introduire un nouveau produit », ajoute M. Verreault.

Le bois lamellé-croisé : un surdoué

Les caractéristiques uniques du bois lamellé-croisé en font un produit haut de gamme et concurrentiel qui se compare très avantageusement aux constructions plus traditionnelles en béton acier. Voici ses principaux avantages :

  • Légèreté et coûts : Un bâtiment en lamellé-croisé est 5 fois plus léger qu’un bâtiment similaire en béton ! Cette légèreté permet de diminuer substantiellement la dimension des fondations de béton et, ce faisant, des coûts qui y sont associés. Par ailleurs, l’utilisation du bois dans les bâtiments de 5 ou 6 étages permet des économies sur les coûts qui peuvent varier de 15 % à 30 %.
  • Rapidité de construction : l’utilisation du bois permet de réduire d’environ 50 % le temps de fabrication du bâtiment si on tient compte de l’effet de l’utilisation d’éléments préfabriqués en bois.
  • Résistance au feu : le bois ne brûle que de 0,65 mm par minute, ce qui rend facile le calcul de résistance au feu de chaque élément. On n’a alors qu’à ajuster l’épaisseur du panneau afin qu’il réponde aux normes souhaitées. Les panneaux de bois massif ont par ailleurs peu de connecteurs métalliques qui diffusent la chaleur, ce qui réduit le risque de propagation du feu.
  • Résistance sismique : des chercheurs ont soumis les panneaux de lamellé-croisé à des essais poussés de résistance sismique et ont découvert qu‘ils réagissaient de manière exceptionnelle, sans déformation résiduelle, particulièrement pour les applications multiétages. Au Japon, par exemple, un bâtiment de 7 étages en CLT a été soumis à des essais sur la plus grande table de vibration au monde. Il a résisté à 14 secousses sismiques d’importance sans pratiquement subir de dommages.
  • Renouvelable : le bois est le seul matériau renouvelable à 100 %.
  • Écologique : dans un bâtiment de 6 étages dont la superficie totale des planchers de bois est de 750 m2, il y aura 720 tonnes de gaz carbonique stocké dans le bâtiment, soit l’équivalent de plus de 5 millions de kilomètres parcourus par une voiture à essence. Pour un bâtiment de la même taille en béton, il n’y aura pas de CO2 d’emprisonné, mais son utilisation en générera presque 450 tonnes.
  • Étanchéité : l’étanchéité des panneaux de lamellé-croisé est telle qu’elle se situe en deçà des valeurs volumétriques mesurables selon les essais menés en 2013 par l’Université de Graz. Une construction en lamellé-croisé empêchera donc la propagation de la fumée entre les pièces d’un bâtiment.

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