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Jeudi 21 septembre 2017
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L'exemple de l’Hôpital de Mont-Joli

L'exemple de l’Hôpital de Mont-Joli

Le Bureau de l'efficacité et de l'innovation énergétiques du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec a également mis en place d'autres programmes d'aide financière pour la conversion de systèmes de production d'énergie thermique conventionnelle durant cette période. Ce programme de remplacement du mazout lourd par la biomasse forestière comprend un plan d'aide voué plus spécifiquement à l'utilisation de la « biomasse forestière résiduelle » pour le chauffage des immeubles appartenant au pouvoir public.

L'objectif de ce programme consiste à promouvoir le remplacement des combustibles fossiles dans les gros bâtiments, puis à en mesurer le rendement. Il a suscité beaucoup d'intérêt dans les régions à proximité d'importantes forêts au Québec, entre autres dans la vallée de la Matapédia dans la région du Bas-Saint-Laurent, région à la fois précurseur et Mecque de ce mode de chauffage au Québec, où l'on compte huit projets terminés ayant démontré l'efficacité de cette technologie émergente et les mérites d'une solution profitable à plusieurs égards.

« En plus des bénéfices qu'en tire l'économie régionale, ce mode de chauffage contribue de façon appréciable à la réduction des GES », explique Renaud Savard, directeur de Gestion Conseils PMI à Amqui. Cette firme de consultants en énergie efficace, spécialisée en chauffage par biomasse, a géré plusieurs projets d'implantation de chauffage par biocombustibles au Québec. « Dans la province, 12 projets ont été menés. À cela s'ajoutent deux autres projets en cours de réalisation par notre firme, sans compter les chantiers de remplacement des évaporateurs dans certaines entreprises de production acéricole. »

L'engouement pour la biomasse est manifeste. Or, le faible coût de l'énergie fossile, au même titre que le prix de l'électricité, freine le développement de cette filière, au Québec du moins. Mais, tout compte fait, le projet du Centre de santé et de services sociaux de La Mitis à l’Hôpital de Mont-Joli, lancé en 2010 s’est révélé la solution idéale pour la direction de l'établissement. « L’opération de conversion de la bouilloire au mazout lourd vers une bouilloire à la biomasse a permis de faire d'importantes économies annuelles, de contribuer abondamment au développement durable et de favoriser efficacement l’économie locale », ajoute M. Savard.

CSSS de La MitisL’opération de conversion de la bouilloire au mazout lourd vers une bouilloire à la biomasse a permis de faire d'importantes économies annuelles, de contribuer abondamment au développement durable et de favoriser efficacement l’économie locale.
Photo : CSSS de La Mitis

Des facteurs décisifs

Dans ce projet de remplacement de bouilloire à Mont-Joli, plusieurs options ont été évaluées. Cependant, le choix de la biomasse est ressorti comme étant le plus intéressant. Facteur marquant de cette orientation, la présence bien établie de fournisseurs locaux de biocombustibles. « L’économie régionale permettait en effet au CSSS de s'approvisionner facilement. Une mesure qui d'emblée enrichissait l'expertise régionale en plus de sauver des emplois en foresterie en période de quasi-agonie. C'est la Coopérative forestière de La Matapédia (CFM) qui a remporté le contrat d’approvisionnement de 3 000 tonnes métriques vertes de biomasse annuellement. À cela s'ajoutait un atout de taille, la disponibilité d'une subvention consentie par le Bureau de l'efficacité et de l'innovation énergétiques du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec pour la réalisation des travaux et l'acquisition de l'équipement », poursuit M. Savard. Des éléments qui ont donné du carburant à la démarche. Du coup, en décembre 2012, une bouilloire à la biomasse d’une puissance de 2 000 kW, installée dans un bâtiment adjacent à l’hôpital, prenait le relais du mazout lourd.

« Une chaudière électrique sert également pour le chauffage d’appoint ou lors de la maintenance. La conversion a nécessité des investissements de 2,3 M$, dont 1,1 M$ provenant de Bureau de l'efficacité et de l'innovation énergétiques. Une subvention équivalant à 40 $ pour chaque tonne de carbone évité sur un horizon de 10 ans. Un montant qui sera amorti sur 5 ans, grâce aux économies annuelles d’environ 234 000 $. De plus, ce sont 2 783 tonnes d’émissions de CO2 qui seront évitées, soit l’équivalent de 1 400 voitures de moins par an sur nos routes, une donnée d'intérêt pour la région », estime Renaud Savard qui a entre autres travaillé sur le réseau de chaleur de Causapscal, Sayabec, Saint-Léon-le-Grand, Sainte-Irène, Saint-Jean-de-Dieu, Parc Régional de Val-d’Irène, en plus de l'édification des réseaux de chaleur des hôpitaux d’Amqui, de Maria, de Montmagny et du complexe du Service de recherche et d'expertise en transformation des produits forestiers (SEREX) implanté à Amqui.

L'avenir de la biomasse
Durant des dizaines d’années, les résidus de biomasse ont constitué une importante source d’énergie pour l’industrie forestière, fournissant l’énergie à la production de pâtes, de papiers et de bois d’œuvre. Ainsi, la plupart des usines de pâtes et papiers utilisent les résidus laissés par les procédés de fabrication de la pâte pour produire de la chaleur et de l’énergie électrique qui servent à une partie des opérations. D’autres usines brûlent l’écorce et des déchets de bois semblables pour produire de l’énergie. De cette manière, d’importantes quantités de matériaux qui se retrouveraient autrement dans les décharges sont utilisées à bon escient.

Devant l’intérêt grandissant à l’égard du chauffage à la biomasse forestière, la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) a mis sur pied Service Forêt Énergie qui permettra aux coopératives forestières de prendre une part importante de ce marché, car elles seront en mesure d’offrir à leur clientèle une gamme complète de produits et de services allant de l’approvisionnement en copeaux ou granules, à la vente d’énergie à partir de chaufferies appartenant aux coopératives. Le chauffage à la biomasse forestière intéresse de plus en plus les gestionnaires de bâtiments institutionnels ainsi que les propriétaires d’entreprises privées, tant au niveau commercial qu’industriel. Ceux-ci ont cependant besoin de pouvoir compter sur des spécialistes capables de réaliser des projets performants et en mesure de leur garantir de l’approvisionnement à long terme.

Biomasse
Bâtiment abritant une bouilloire à la biomasse d’une puissance de 2 000 kM à l’Hôpital de Mont-Joli.
Photo : CSSS de La Mitis

Principales sources de biomasse forestière
La biomasse forestière utilisée pour la production de bioénergie et d’autres bioproduits provient de plusieurs sources :

  • Des résidus ou des sous-produits laissés par les procédés de fabrication;
  • Des plantations pour la production de biomasse (par exemple, les espèces de saules et de peupliers à croissance rapide);
  • Les résidus de récolte; • Les arbres et les branches éliminés durant l’éclaircie des peuplements forestiers;
  • Les déchets de construction et de démolition;
  • Les arbres tués par des perturbations naturelles comme les incendies de forêt, les insectes et les maladies.

La grande partie de la biomasse traitée provient de la première source, à savoir les résidus de fabrication. En comparaison, les autres sources sont demeurées dans une large mesure peu exploitées jusqu’à présent.

Coup de pouce à la géothermie
Exemple parmi tant d'autres, une économie de 43 800 litres de mazout léger par année est à la source de l'engagement du Centre de santé et de services sociaux de la Vallée-de-la-Gatineau envers la géothermie. Un projet appuyé par le programme d’aide financière pour des projets d’efficacité énergétique et de conversion nommé ÉcoPerformance, une initiative du gouvernement du Québec inscrite dans le Fonds vert.

Dans le cadre de ce programme, le CSSS de la Vallée-de-la-Gatineau a obtenu une aide financière de 149 400 $ pour l'installation d'un système de chauffage géothermique au Centre d'hébergement et de soins de longue durée de Gracefield. L'aide financière a été accordée dans la foulée du Plan d'action sur les changements climatiques 2013-2020 du gouvernement du Québec.

Le projet mis de l'avant par le CSSS contribuera aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Centre d'hébergement de Gracefield et s’inscrit parfaitement dans la mesure gouvernementale qui vise à diminuer la consommation de mazout lourd dans les établissements institutionnels.

Ce projet d'efficacité énergétique, piloté par la firme québécoise Ecosystem, récupérera l'énergie du sol pour chauffer le bâtiment. Ainsi, une thermopompe puisera l'énergie obtenue grâce à la géothermie et l'enverra dans le réseau d'eau chaude du bâtiment. Le projet prévoit également l'installation d'une chaudière électrique pour l'eau de chauffage. Cette nouvelle chaudière deviendra la principale source d'énergie d'appoint pour l'établissement lorsque l'énergie produite par le système de géothermie ne suffira pas.

Avec ces installations, le CSSS de la Vallée-de-la-Gatineau réduira de plus de 97 % sa consommation de mazout léger. L'aide financière versée par le gouvernement et les économies directes associées au coût de l'énergie permettront au CSSS de récupérer son investissement au bout d'une douzaine d'années.

CSSS de la Vallée-de-la-Gatineau
Le Centre d’hébergement et de soins de longue durée de Gracefield.)
Photo : CSSS de la Vallée-de-la-Gatineau

Aide financière
Le programme ÉcoPerformance vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation énergétique des entreprises par le financement de projets ou de mesures liés à la consommation et à la production d’énergie, de même qu’à l’amélioration des procédés. Il est le résultat de la fusion de cinq programmes, soit :

  • Le Programme de réduction de la consommation du mazout lourd;
  • Le Programme d’aide au secteur manufacturier;
  • Le Programme d’aide à l’installation d’équipements solaires opérationnels;
  • Le Programme d’optimisation en réfrigération, volet arénas et centres de curling et volet supermarchés;
  • Le Programme d’aide à l’implantation de mesures efficaces dans les bâtiments.

Le programme offert aux entreprises, institutions et municipalités s’adresse autant aux petits qu’aux grands consommateurs d’énergie. Pour en connaître davantage sur ce programme, visitez efficaciteenergetique.gouv.qc.ca/ecoperformance

Le chauffage à la biomasse forestière intéresse de plus en plus les gestionnaires de bâtiments institutionnels ainsi que les propriétaires d’entreprises privées, tant au niveau commercial qu’industriel.

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