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BRANCHÉ SUR LA CONSTRUCTION
Mercredi 28 juin 2017
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Le secteur du bâtiment tire de la patte

Gestion des résidus de construction

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Photos : Ville de Montréal

La récupération massive des agrégats (ex. : béton, asphalte, brique et pierre) démontre que la révolution verte est amorcée dans l'industrie québécoise de la construction.

À preuve, en 2008, la récupération et le réemploi des agrégats sur les grands chantiers routiers ont atteint 74 %, selon les données fournies par Recyc-Québec. Il reste maintenant à renverser la tendance dans le bâtiment qui est à la traîne dans la gestion des résidus de CRD (construction, rénovation, démolition). La Politique québécoise de gestion des matières résiduelles (PQGMR) s'emploie à changer les choses avec son plan d'action 2011-2015.

Cette politique prévoit entre autres de bannir l'élimination du bois en 2014. Et pour cause, puisqu'en 2011, la quantité des résidus de bois issus du secteur CRD était estimée entre 500 000 à un million de tonnes, dont le quart seulement était récupéré. Ces données émanent d'un rapport produit par la firme Secor en 2011, en collaboration avec le Regroupement des Récupérateurs et des Recycleurs de Matériaux de Construction et de Démolition du Québec (3R MCDQ). Pour rendre effectif ce bannissement, le gouvernement québécois modifiera le Règlement sur l'enfouissement et l'incinération de matières résiduelles (REIMR). « Nous en sommes actuellement à la rédaction technique de la modification réglementaire et l'échéancier prévu est maintenu », dit-on au ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP).

Les Plans de gestion des matières résiduelles, qui seront « prochainement élaborés par les municipalités régionales », devront contenir des « mesures concrètes », afin que les matières résiduelles générées par le bâtiment soient triées sur place, ou dirigées vers un centre de tri. Ces mesures pourraient être imposées tant lors de la livraison d'un permis de construction, de rénovation ou de démolition, que sur des chantiers qui généreront d'importantes quantités de résidus. Lorsque ces plans seront approuvés par Recyc-Québec et le MDDEFP, les municipalités locales visées auront l'obligation d'inclure ces mesures dans leur réglementation afin de les rendre applicables sur leur territoire. Un guide de démolition, de rénovation et de construction (répondant aux exigences de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles) sera également publié à l'intention du segment du bâtiment.

DES EXEMPLES À SUIVRE

Parmi les chantiers dits « écologiquement responsables », celui du futur site Outremont fait certainement figure de proue, puisqu'il vise une certification LEED (ND) de niveau Or. Les travaux qui s'y déroulent depuis le mois d'avril 2012 visent essentiellement la réhabilitation et le nivellement des sols pendant une phase initiale, appelée lot 1A, qui tire à sa fin. Le travail consistait à les rendre conformes à la Loi sur la qualité de l'environnement. « Sur les 248 000 mètres cubes de terre excavée, quelque 40 % (80 000 tonnes) ont été réutilisés sur le terrain même, ayant été jugés acceptables en vertu des critères environnementaux en vigueur », précise Raja Husseini, gestionnaire des grands projets à l'Université de Montréal. Une autre portion totalisant 40 % contenait des matières résiduelles, par exemple du mâchefer et du bois, qui seront récupérés, recyclés ou destinés au réemploi.

Sur les 248 000 mètres cubes de terre excavée sur le site Outremont, quelque 40 % (80 000 tonnes) ont été réutilisés sur le terrain même.

Seuls 20 % des sols ont été déposés dans un site d'enfouissement. De ce pourcentage de terre inutilisable, une certaine quantité a servi à recouvrir les débris du site d'enfouis¬sement lui-même, en raison de sa qualité supérieure à celle se trouvant sur les lieux. Finalement, la gestion des sols du futur site Outremont a coûté plus cher, car les opérations de tri ont été effectuées sur place, avant de réacheminer la terre aux bons endroits.

Par ailleurs, Montréal, qui génère 60 % de tous les débris de CRD au Québec, accommode les petits entrepreneurs en leur permettant d'envoyer leurs matières recyclables dans des écocentres. Cependant, ils doivent eux-mêmes les classer par catégorie en chantier et les transporter ensuite à bon port dans leur propre remorque. Le scénario n'est malheureusement pas le même partout en province. Selon l'endroit où les travaux sont réalisés et en fonction des tarifs exigés, le lieu de dépôt peut être un écocentre, un centre de tri ou un site d'enfouissement, précise une étude réalisée en 2009 intitulée Profil des débris de CRD au Québec. Cette étude a été menée par divers intervenants spécialisés en la matière, en collaboration avec Recyc-Québec, et a mis à contribution diverses associations patronales et professionnelles, dont l'ACQ.

La Ville de Montréal génère 60 % de tous les débris de CRD au Québec.

Dans les grands chantiers qui se déroulent à Montréal ou ailleurs au Québec, les débris sont recueillis dans de petits charriots, puis versés dans des conteneurs. Le tri à la source devient dès lors possible afin de stocker séparément les différentes matières, mais souvent, les chantiers de construction et les voiries n'ont pas l'espace suffisant pour ce faire. « En outre, le tri à la source coûte souvent plus cher en location de conteneurs et en main-d'œuvre, pour un résultat qui satisfait rarement les centres de tri, lesquels facturent le conteneur trié au même tarif qu'un conteneur non trié », indique la même étude.

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