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BRANCHÉ SUR LA CONSTRUCTION
Jeudi 21 septembre 2017
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Entrevue avec M. Ghislain Cossette, directeur ingénierie de Fenergic

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Photos : Fenergic

Fabricant de portes et de fenêtres de Warwick dans la centre-du-Québec, Fenergic propose des produits résolument modernes, aux formes épurées. Nous avons rencontré M. Ghislain Cossette, directeur de l’ingénierie pour qu’il nous parle de cette industrie et des produits de Fenergic.

Vos observations du marché des portes et fenêtres. Croissance ou stagnation. Élaborez.

Présentement, nous constatons une transformation au niveau du marché de la construction qui contribue à une stagnation des ventes de portes et de fenêtres. Afin de pallier le coût élevé des terrains et de la construction d’immeubles d’habitation, les promoteurs augmentent la densité de logement avec la construction de bâtiments en copropriété et en réduisant les superficies habitables. Dans le passé, sur un terrain de 50 pieds (15,4 mètres) x 100 pieds (30,4 mètres), on retrouvait une habitation unifamiliale de 1500 (139,3 mètres carrés) à 1800 pieds carrés (167,2 mètres carrés) comportant 3 portes et de 10 à 12 fenêtres. Aujourd’hui, on construit un immeuble de 4 à 6 étages comportant 20 logements de 650 pieds carrés (60,3 mètres carrés) à 850 pieds carrés (78,9 mètres carrés) pour une porte-fenêtre ou une porte-balcon et 2 fenêtres. Cette nouvelle réalité affecte directement notre industrie. En effet, le ralentissement important du marché et la spécialisation vers des bâtiments multilogements en hauteur forcent l’industrie des portes et des fenêtres à réduire ses coûts, tout en augmentant sa performance globale.

Que recherchent les donneurs d’ouvrage, les entrepreneurs et les clients ?

La différence majeure est le fait qu’avant, on n’avait besoin que d’un client pour faire la construction du bâtiment. Aujourd’hui, il faut multiplier le nombre de clients. Il est donc essentiel pour le donneur d’ouvrage de s’assurer de mettre en marché un bâtiment de style, avec toutes les commodités et avantages que le futur propriétaire souhaite, mais dans un espace réduit de moitié. Pour l’entrepreneur, le coût élevé des matériaux de construction pour des bâtiments en hauteur en béton et en acier oblige ceux-ci à revoir leurs façons de faire, autant au niveau de la réalisation que des problématiques différentes; comme les mouvements différentiels des bâtiments, les possibilités réduites d’entretien ou l’augmentation des surfaces exposées. Ils doivent construire un bâtiment de qualité supérieure avec des budgets moindres. Pour le consommateur, il faut lui transmettre un coup de foudre lorsque celui-ci entre dans un appartement (condo). On travaille alors énormément sur l’impression de grandeur et de richesse par rapport au prix demandé. La clé du succès dans de petits espaces retombe donc sur la fenestration. C’est avec l’adage suivant « LE VERRE FAIT VENDRE » que notre industrie se démarque. Puisque la quantité des fenêtres est réduite, l’agrandissement de celles-ci est directement proportionnel. Bien que le client soit encapsulé entre 4 voisins, à gauche et à droite et dessus-dessous, on doit lui donner l’impression de vivre à l’extérieur. On doit donc fournir à bon prix des fenêtres très larges et très hautes avec les limitations qu’elles représentent.

« C’est avec l’adage suivant « LE VERRE FAIT VENDRE » que notre industrie se démarque. »

Qu’est-ce qui a changé dans ce segment de marché depuis une dizaine d’années ?

L’agrandissement des fenêtres et le remplacement des murs par de la vitre. Dans ce segment, la demande élevée a amené plusieurs manufacturiers de fenêtres résidentielles de moins de 3 étages à faire le saut dans ce marché. Cependant, le manque d’expérience se fait sentir dans les nouvelles constructions. Souvent on oublie que les fenêtres de base de votre maison ne sont pas faites pour répondre à des charges de vents élevées ou à un vieillissement prématuré de l’enveloppe et des scellants qui affectent directement la performance à long terme de la fenêtre. De plus, les méthodes d’installation diffèrent et il faut prendre en considération les principes de pare-pluie. Nous sommes donc dans une période d’apprentissage et de développement.

Quelles sont les tendances ?
Les modèles les plus populaires ?
Les matériaux qui ont la cote ?

La vague de fond vers les fenêtres surdimensionnées pousse l’utilisation de fenêtres à haute résistance structurale. La fenêtre en aluminium a donc retrouvé ses lettres de noblesse par l’idée que sa résistance est plus élevée. Cette même tendance fait ressortir les impondérables de notre environnement où l’on passe de 35 degrés Celsius en été à -35degrés Celsius en hiver. C’est en restant dans une copropriété que l’on réalise l’impact de notre climat. L’augmentation des problématiques de condensation en hiver, de surchauffe des appartements en été ont propulsé l’offre de matériaux à haute isolation thermique comme la fenêtre de PVC au premier plan. Cependant, c’est la fenêtre hybride qui allie la résistance de l’aluminium à l’isolation du PVC qui ressort victorieuse de ce combat. Donc, les modèles à battant extérieur ou intérieur hybrides restent le choix de prédilection avec un coût avantageux, une possibilité d’être renforcée et une résistance aux intempéries.

Fenergic

« La vague de fond vers les fenêtres surdimensionnées pousse l’utilisation de fenêtres à haute résistance structurale. »

Parlez-moi des portes et fenêtres homologuées Energy Star ?
Est-ce que les exigences de cette certification signifient une augmentation des coûts de production ?

Tout d’abord, il est important de clarifier qu’il ne s’agit pas d’une certification mais bien d’une homologation. L’objectif de l’homologation est de permettre d’augmenter le niveau de performance énergétique d’une fenêtre afin d’augmenter les économies de chauffage. L’utilisation de 2 méthodes permet d’obtenir l’homologation pour des zones biens précises. La zone 1 pour la Colombie- Britannique (Victoria), la zone 2 pour tous le sud du Canada et la zone 3 pour les régions nordiques. L’utilisation du Rendement Énergétique élevé (RE) permet d’utiliser la chaleur solaire pour combler le besoin de chauffage en hiver. Cependant, il est essentiel de garder en perspective que cette méthode de gestion du gain de chaleur solaire doit être utilisée avec parcimonie. En effet, bien qu’il y ait une tendance lourde à l’utilisation de systèmes de fenestration pour la zone 3 dans des zones 2 ou même la zone 1, elle doit seulement se limiter sur des bâtiments dont la fenestration reste faible (moins de 20 % de la superficie des murs et équilibrée vers les 4 points cardinaux). L’homologation est la même pour l’ensemble de l’Amérique du Nord. Je ne crois pas qu’une fenêtre avec un RE élevé (zone3) serait appropriée en Floride dont l’objectif principal est d’empêcher la surchauffe des appartements et l’inverse ne serait pas plus utile. Dans le segment des copropriétés multi-étages, il est essentiel d’utiliser la zone requise et parfois même réduire les gains de chaleur, car les fenêtres sont souvent orientées dans une seule direction et le surdimensionnement peut causer plus d’inconfort que de réduire la facture d’électricité. L’augmentation continue des exigences fait également en sorte d’augmenter directement les coûts de production. Pour avoir des rendements énergétiques (RE) très élevés, il faut préconiser le triple vitrage qui augmente le prix de base de l’unité scellée, le poids sur la quincaillerie qui pousse vers le développement de systèmes de fenêtres beaucoup plus gros pour accommoder des quincailleries plus onéreuses pour faire le même travail. De plus, la surchauffe vient débalancer les besoins de climatisation des condos qui ont parfois un impact négatif sur l’économie d’énergie. Donc, l’impact sur les coûts de fenestration dans le segment des condos multi-résidentiels est direct. Ce qui devrait changer au cours des 10 prochaines années serait une offre de systèmes de fenestration qui prendra en considération la superficie de vitrage de même que son orientation afin de balancer l’économie d’énergie et le confort des propriétaires.

Voyez-vous des différences entre les régions ?

Bien évidemment, les tendances et les produits en demande varient d’une région à l’autre. Il faut garder en perspective qu’il existe une multitude de systèmes de fenestration qui utilise différentes méthode d’installation, de gestion du revêtement et d’apparence. De plus, il est simple d’imaginer qu’en région, il existe beaucoup moins de bâtiment modernes ou contemporains multi-étages de quatre (4) étages ou plus que dans des grandes villes comme Montréal ou Québec. On remarque également que les tendances au niveau de la fenestration suivent toujours le même chemin. On part des grandes villes du sud, pour se rendre à Montréal et ensuite s’étirer vers les régions en direction de Québec. Les qualités énergétiques des systèmes du sud doivent d’abord être adaptées à nos conditions climatiques. Cette adaptation prend toujours un certain temps. Cependant, il est important de prendre en considération l’héritage européen de Québec qui reste toujours plus conservateur sur les dimensions et les styles de membrure. Par chance, on remarque qu’au cours des dernières années, le temps d’assimilation des nouvelles tendances se fait beaucoup plus rapidement qu’auparavant et parfois, on voit des tendances sortir en régions avant les grands centres. On remarque que la préférence des régions vers les fenêtres blanches se fait surpasser par la couleur très rapidement.

Erreurs les plus fréquentes à l’installation des portes et fenêtres ?

L’installation est la partie la plus cruciale d’un système de fenestration. Il existe deux erreurs très fréquentes lors de l’installation. La plus importante est le respect du système de pare-pluie. Le point essentiel à garder en perspective en tout temps suit l’adage suivant « Il est impossible d’arrêter l’eau, on peut seulement la diriger. » En effet, les fenêtres sont le seul point de l’enveloppe du bâtiment qui relie directement l’extérieur à l’intérieur. Ceci a pour effet d’offrir une entrée directe de l’eau à l’intérieur des murs. L’étanchéisation est donc primordiale et doit se faire en respect des principes d’égalisation des pressions et de la colonne d’eau. Lors de la construction de bâtiments en hauteur, on ajoute les mouvements différentiels du bâtiment comme les charges de vents, l’assèchement de la structure versus le revêtement extérieur. Bien que pour les bâtiments de faible hauteur, il est possible de faire un entretien régulier des joints extérieurs, les bâtiments en hauteur doivent être en mesure de contrôler les infiltrations d’eau. Cependant, l’arrivée des membranes apporte une solution intéressante, mais les méthodes d’installation sont peu et mal documentées. Trop souvent, on installe la membrane aux endroits qui empêchent l’évacuation de l’eau dans le système pare-pluie ou encore qui le dirige vers l’intérieur en oubliant les positions et la continuité des pare-air et des pare-vapeur. On peut donc ajouter une deuxième règle à l’adage : « L’important n’est pas la quantité de scellant qui est utilisée, mais l’endroit où il est appliqué qui assure l’étanchéité à long terme. » La seconde problématique est l’installation des ancrages. L’installation de base requiert une certaine quantité de vis de chaque côté afin de rencontrer les exigences de surcharge du vent des fenêtres de petites dimensions. Cependant, l’installation de fenêtres surdimensionnée sur des bâtiments en hauteur augmente de façon exponentielle la pression du vent sur les systèmes de fenestration. La performance est calculée selon une pression en livres au pied carré. Par exemple, une fenêtre standard de maison de 20 pieds carrés (1,8 mètre carré) devra résister à 30 livres/pied carré qui représentent une pression totale de 600 livres alors qu’une fenêtre de condo de 50 pieds carrés (4,6 mètres carrés) en hauteur devra résister à 50 livres/pieds carrés pour une pression de 2500 livres. Il faut donc multiplier les ancrages par 4 ou 5 fois, ce qui malheureusement n’est pas fait. L’installation doit transférer les charges de vent de la fenêtre à la structure et celle-ci doit également prendre le poids accru du système.

« L’installation est la partie la plus cruciale d’un système de fenestration. »

Nouveautés 2015 – 2016 de Fenergic

Notre spécialité étant la fenêtre hybride, nous avons travaillé en collaboration avec le Groupe Royal afin de mettre sur le marché une fenêtre européenne en fabrication hybride. Cette première en Amérique nous permet de réaliser des fenêtres de très grandes dimensions. Avec le même cadre, il est possible de faire autant une porte qu’une fenêtre ouvrant vers l’intérieur en mode battant qu’en mode soufflet (basculant vers l’intérieur avec les pentures au bas de la fenêtre). Il est également possible de faire des fenêtres coulissantes avec des volets de 5 pieds de largeur (1,5 mètre) par 8 pieds de hauteur (2,4 mètres). On peut également faire des portes avec astragales ainsi que des portes pliantes. L’utilisation d’un cadre offrant une profondeur de 6 pouces avec la plus grande quantité de cavité isolante permet l’utilisation de triple vitrage double (low-E) de 1 3/8 pouce. Cette cavité permet l’utilisation des thermos les plus isolants au niveau énergétique et acoustique. La possibilité d’utilisation de renfort d’acier isolé le rend très résistant aux charges de vent sans créer des ponts thermiques. Ces caractéristiques ainsi que la position du vitrage à 3 pouces de l’extérieur en font un système des plus performants au niveau énergétique et structural qui saura répondre aux projets les plus exigeants.

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