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Inflation, hausse des taux d’intérêt, ralentissement économique, que devez-vous savoir ?

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

Si la diminution des taux d’intérêt a été brutale à la suite de la pandémie en mars 2020, la hausse des taux d’intérêt l’est tout autant depuis l’été 2022. En fait, au moment d’écrire ces lignes, le taux directeur de la Banque du Canada était de 3,25 %, un taux jamais vu depuis le 21 avril 2008. Qui plus est, la Banque indiquait que d’autres hausses de taux étaient à prévoir afin de contrer les effets néfastes de l’inflation. L’institution affirme même qu’une période de croissance économique plus faible sera nécessaire afin de ramener l’inflation à la cible de 2 %.

Les entrepreneurs en construction œuvrant au Québec peuvent certainement témoigner du fait que la demande en construction est supérieure à l’offre depuis quelques années, et que nous sommes dans une situation de surchauffe dans le marché de la construction en général. En effet, il est difficile de dénicher de la main-d’œuvre dans notre industrie depuis un petit moment déjà, et les problèmes liés à la rareté et à l’approvisionnement des matériaux de construction font couler énormément d’encre depuis le début de la pandémie.

Le tableau ci-dessous démontre clairement que les coûts de construction ont explosé depuis la pandémie. On constate qu’entre le 2e trimestre de 2017 et le 2e trimestre de 2020, l’augmentation des coûts de construction était inférieure à 5 % par année dans l’ensemble des secteurs de l’industrie. À partir du 2e trimestre de 2020 jusqu’au 2e trimestre de 2022, l’augmentation des coûts de construction s’est fortement accélérée, et a quintuplé dans le secteur résidentiel, triplé dans le secteur commercial et le secteur industriel et plus que doublé dans le secteur institutionnel. Ceci est tout simplement insoutenable à moyen et à long terme pour les clients, qui voient leur pouvoir d’achat fondre très rapidement.

Hausse des coûts de construction à Montréal  (variation annuelle en %)
Année T2 2017 à 2020 T2 2022 à 2022
Secteur résidentiel 3,53 18,1
Secteur commercial 4,37 12,65
Secteur industriel 4,97 16,15
Secteur institutionnel 4,13 10,15
     

Statistique Canada, tableau : 18-10-0135-01, calculs : ACQ.

Comme vous avez certainement pu le constater, nous ne sommes pas la seule industrie qui vit ces problématiques, ce qui incite les banques centrales mondiales à augmenter les taux d’intérêt et à freiner la demande mondiale en biens et en services.

Il semble que le message soit entendu, et que les producteurs et les manufacturiers comprennent maintenant que la demande mondiale va diminuer. En effet, lorsque l’on compare les prix des commodités entre la fin du mois d’avril et le milieu du mois de septembre, on remarque des diminutions considérables (voir le tableau ci-dessous). Il faut comprendre que ces commodités sont des composantes des matériaux de construction, et que ces diminutions devraient se refléter dans les prix des matériaux prochainement. On le voit déjà avec le bois d’ailleurs, alors que le prix de détail du 2×4 a diminué considérablement par rapport aux sommets atteints au cours des 12 derniers mois.

 

 
Matériaux Mesure Prix au 15 sept. 2022 (USD) Prix au 29 avril 2022 (USD) Variation (%)
Bois d’œuvre Mille pieds mesure de planche 482 $  1 040 $  – 54 
Acier d’armature Tonne métrique 663 $  835 $  -21
Aluminium Tonne métrique 2 245 $  3 049 $  -26
Cuivre Tonne métrique 7 858 $  9 821 $  -20
Nickel Tonne métrique 23 306 $ 32 424 $ -28
Étain Tonne métrique 20 886 $ 40 799 $ -49
         

Ces commodités sont aussi utilisées dans bien d’autres industries manufacturières, ce qui nous laisse croire que l’inflation en général devrait ralentir au cours des prochains mois.

Les banques canadiennes et américaines anticipent un ralentissement de l’activité en construction, autant au Canada qu’aux États-Unis. Ceci devrait relâcher la pression sur les prix des matériaux au cours des 12 à 24 prochains mois, et peut-être même atténuer légèrement la pression sur la pénurie de main-d’œuvre en construction, spécialement dans le secteur résidentiel qui risque d’être davantage touché par les hausses de taux d’intérêt.