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Les effets de la hausse des coûts des matériaux sur les entrepreneurs

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

Les problématiques liées à la hausse des coûts des matériaux et des ruptures de stock dans l’industrie de la construction causent bien des maux de tête à nos entrepreneurs ces temps-ci. Afin de leur venir en aide, huit associations patronales du secteur de la construction, incluant l’ACQ, travaillent en partenariat afin de trouver des solutions.

La première étape de cette démarche a été d’effectuer un sondage auprès des entreprises en construction afin de documenter la situation. Nous avons obtenu 660 répondants au sondage, qui s’est effectué du 8 au 20 juin 2022, et les résultats principaux sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Sondage auprès des entreprises en construction – juin 2022
 Matériaux de construction  Hausse des coûts  Rupture de stocks
Contreplaqué et OSB 55 % 29 %
Produits en acier (armature et autres) 50 % 54 %
Articles d’électricité (incluant les fils de cuivre) 49 % 87 %
Bois d’œuvre 48 % 32 %
Produits en aluminium 40 % 59 %
Produits de plastique (conduits de plastique,
PVC, PEHD, articles de plomberie)
40 % 75 %
Produits en fonte (grille, cadre, couvercle
de regard, tuyaux, etc.)
 31 % 47 %
Pièces mécaniques de remplacement  30 % 72 %
Produits d’aménagement paysager et de finition  21 % 20 %
Pavage  20 % 3 %
Béton (incluant les produits préfabriqués)  19 % 36 %
Granulats (sable, pierres, etc.)  15 % 14 %
     

L’analyse des résultats démontre que les prix des matériaux ont énormément augmenté au cours de la deuxième moitié de 2022. La palme revient aux produits en bois, aux produits en acier et aux articles d’électricité qui ont augmenté de près de 50 % cette année selon le sondage. Côté rupture de stock, ce sont les articles d’électricité, les produits de plastique, les pièces mécaniques de remplacement et les produits en acier qui sont les plus problématiques, alors que plus d’un entrepreneur concerné par ces produits sur deux indique avoir subi des ruptures de stock au cours de l’année 2022, et près de 9 entrepreneurs sur 10 dans le cas des articles d’électricité.

Le sondage indique aussi que près de 8 entrepreneurs sur 10 ont subi une perte financière à la suite de l’augmentation des prix des matériaux, ce qui veut dire qu’ils ont dû absorber une partie, sinon la totalité de la hausse des prix des matériaux. Puisqu’ils n’ont aucun contrôle sur les prix de ces derniers, et puisqu’ultimement, ils ne détiendront pas l’ouvrage et donc ne pourront donc jamais compenser leurs pertes financières en refilant une partie des coûts aux clients finaux, il est pour le moins paradoxal que plusieurs donneurs d’ouvrage refusent de payer les coûts réels des matériaux.

Cependant, nous avons remarqué à la suite de l’analyse du sondage que certains donneurs d’ouvrage publics incluent des clauses d’ajustement de prix. C’est le cas de certaines municipalités par exemple, alors que des villes ont effectivement compris que si elles voulaient s’assurer d’obtenir les meilleurs prix, elles devaient partager le risque de fluctuation des prix des matériaux avec les entrepreneurs. C’est la meilleure façon d’attirer un plus grand nombre de soumissionnaires, et les entreprises peuvent offrir des prix plus compétitifs puisqu’elles n’ont pas à prévoir des contingences substantielles reliées aux risques de hausse des prix des matériaux.

Nous recommandons donc aux entreprises en construction et aux donneurs d’ouvrage de s’inspirer des clauses d’ajustement de prix existantes afin de partager le risque entre eux. À cet effet, le ministère des Transports a développé une grille d’indexation du prix du carburant pour compenser la hausse des prix de l’essence, une grille que les donneurs d’ouvrage publics pourraient certainement utiliser. La Société québécoise des infrastructures a elle aussi développé une clause SQI – Clause d’ajustement du prix des matériaux et équipements (gouv.qc.ca) afin de partager le risque avec ses entrepreneurs en construction. D’autres donneurs d’ouvrage publics ont développé leurs propres clauses, et nous encourageons l’ensemble des organismes publics à faire la même chose. En ce qui a trait aux contrats privés, nous incitons les entreprises en construction à ajouter une clause d’ajustement de prix à leur soumission et ainsi partager le risque avec leurs clients.

Soyez assurés que nous poursuivrons nos démarches auprès de l’ensemble des donneurs d’ouvrage publics afin qu’ils soient conscientisés à la problématique, et qu’ils agissent le plus rapidement possible pour rectifier la situation actuelle.