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Manque de logements au Québec, les solutions proposées sont-elles suffisantes ?

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

Tel que discuté dans un article publié précédemment, le Québec devrait construire pas moins de 125 362 habitations par année d’ici 2030 afin de retrouver le niveau d’abordabilité moyen des 25 dernières années. Pour donner suite à cette étude réalisée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), l’institution a cherché à savoir si les provinces canadiennes avaient la capacité de réaliser autant d’unités d’habitation1.

La conclusion de cette deuxième étude publiée par la SCHL est frappante : même dans le scénario le plus optimiste qu’elle a élaboré, le Québec ne pourra que construire 649 206 unités au cours des 9 prochaines années, soit 72 134 mises en chantiers annuellement. On indique que le frein principal à l’accroissement du parc immobilier résidentiel est le manque de main-d’œuvre en construction, qui mine les perspectives à long terme. Considérant qu’à 67 962, le nombre d’unités d’habitation démarré au Québec en 2021 a fracassé un record datant de 1987, on doit avouer que ce scénario est extrêmement optimiste de la part de la SCHL.

L’étude propose des solutions afin d’accroître plus rapidement le parc immobilier résidentiel québécois, des solutions qui rejoignent les solutions proposées par l’Association de la construction du Québec et qui sont pour la plupart inscrites dans nos recommandations budgétaires. Les solutions proposées par la SCHL sont les suivantes :

Concentration des efforts sur la construction de logements collectifs 

Augmenter le niveau de la construction de logements collectifs, car ils présentent moins de contraintes logistiques liées au déplacement de la main-d’œuvre, des matériaux et de l’équipement entre les immeubles par rapport aux maisons individuelles.

Accent mis sur l’augmentation des conversions

La conversion d’immeubles existants en logements résidentiels peut être une solution coûteuse, mais il peut s’agir d’un moyen rapide d’utiliser les capacités de main-d’œuvre dont nous disposons. Cela est particulièrement vrai pour les immeubles commerciaux qui sont devenus vacants parce que les gens font maintenant du télétravail en raison de la pandémie.

Études et incitatifs

Dans les grandes provinces, la part des jeunes travailleurs est plus faible dans le secteur de la construction résidentielle que dans l’ensemble de la population active. Pour encourager une plus grande participation des jeunes à la construction résidentielle et ainsi assurer la relève dans ce secteur, il faut accorder du soutien financier pour l’apprentissage des métiers spécialisés et avoir des centres de formation professionnelle améliorés partout au Canada.

Immigration

Nous avons besoin de programmes d’immigration plus ciblés visant à faire venir des travailleurs étrangers qualifiés qui possèdent les compétences nécessaires pour travailler dans le secteur de la construction résidentielle. Nous avons besoin de tels programmes en raison de la pénurie de main-d’œuvre dans ce secteur d’activité. Même si nous faisons venir rapidement un plus grand nombre de travailleurs grâce à un programme d’entrée express, le secteur de la construction mettra un certain temps à absorber l’augmentation de la main-d’œuvre.

Sur ce dernier point, l’ACQ est d’avis que bien que la mise en place d’un programme de travailleurs étrangers temporaires soit importante et souhaitable, il est aussi primordial que le gouvernement fasse de l’industrie de la construction sa priorité en matière d’immigration économique permanente au cours des prochaines années afin de s’assurer que plus d’immigrants ayant des compétences en construction sont sélectionnés. Il ne manque pas moins de 18 000 travailleurs de la construction selon nos données, alors il y a beaucoup d’espace à combler et l’immigration économique est le programme tout indiqué afin de nous venir en aide.

De plus, l’ACQ milite depuis quelques années déjà afin que les différentes commissions scolaires du Québec puissent obtenir des cartes d’enseignement rotatives pour des métiers de la construction spécialisés manquants dans les régions, en plus de militer à faire augmenter le nombre de cohortes étudiantes dans les centres de formation professionnelle.

La conversion d’immeubles existants en logement collectif a aussi été abordée dans notre organisation, et nous convenons aussi que bien que coûteuse, cette solution devrait faire partie de l’équation. Nous sommes aussi conscients que nous devons améliorer le niveau de productivité, et il est vrai que la construction de logements collectifs minimise le nombre d’heures travaillées par unité d’habitation, ce qui fait que l’on construit plus avec moins.

Nous sommes d’avis que les solutions énumérées ici doivent être implantées rapidement, et qu’elles participeront très certainement à accroître le nombre d’unités d’habitation construites. Cependant, à elles seules, elles ne permettront pas de pallier entièrement le manque de logement. À cet effet, d’autres solutions seront abordées dans notre prochain article sur l’habitation. 

 

1. SCHL : Contraintes liées à la capacité de main-d’œuvre et offre de logements dans les grandes provinces du Canada, octobre 2022.