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Les mises en chantier résidentielles au Québec et la COVID-19

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

Quelles seront les conséquences de la COVID-19 sur la construction résidentielle neuve au Québec ? Voilà une question que plusieurs entrepreneurs en construction se posent à l’heure actuelle.

La crise sanitaire actuelle a complètement renversé l’économie mondiale. À la fin du mois de mars, près d’une personne sur trois était confinée sur la planète, ce qui a évidemment eu des répercussions majeures sur l’emploi et la croissance, autant ici qu’ailleurs. Puisque l’état de l’économie et la création d’emploi influencent énormément la capacité des Québécois à acheter des logements neufs, est-il légitime d’être inquiet par rapport à la situation ?

Taux d’inoccupation des logements

Que ce soit dans la grande région de Montréal, de celles de Québec, de Gatineau et même de Sherbrooke, les taux d’inoccupation des logements étaient extrêmement bas en 2019. Dans le cas de Montréal, ce taux était de 1,5 %, soit le plus bas taux en 15 ans. Bien que la croissance de l’immigration ait été ralentie par la crise sanitaire en 2020, il n’y a pas eu de décroissance de la population au Québec, ce qui fait en sorte que la demande de logement devrait demeurer élevée encore en 2020. De plus, l’immigration interprovinciale devrait être favorable aux régions de l’est du pays au cours des prochaines années. En effet, il est estimé que les régions exportatrices de pétrole seront davantage touchées par la crise actuelle.

Nous devrions donc avoir un bilan positif en termes de migration interprovinciale au Québec, ce qui viendra fort probablement renforcer la demande pour de nouvelles unités d’habitation.

Vente de logement

Bien qu’il y ait eu une chute du nombre de ventes au Québec entre janvier et mai 2020, on s’aperçoit que l’inventaire de logements disponibles a chuté davantage que le nombre de ventes. En effet, le nombre d’unités d’habitations vendues a chuté de 13 % dans la province de Québec par rapport au même moment l’an dernier, alors que l’inventaire de maisons à vendre a diminué de 24 %1.C’est donc dire qu’il y a eu beaucoup moins de logements disponibles pour les acheteurs en 2020 qu’à pareille date l’année dernière. Ceci devrait mettre une pression à la hausse sur la demande de logements au Québec.

Prévisions sur les mises en chantier

Plusieurs organisations effectuent des prévisions sur les mises en chantier, incluant les grandes banques canadiennes. La Banque de Montréal, pour ne nommer qu’elle, a récemment revu ses prévisions de début d’année sur le nombre de constructions neuves qui devraient s’ériger dans la province. En date du 19 juin 2020, l’institution prévoyait la construction de 45 000 unités d’habitations neuves en 2020 et 53 000 en 2021. Pour 2020, cette prévision est inférieure de 4 000 unités par rapport à sa prévision de début d’année, mais supérieure de 4 000 unités en 2021. L’institution ne prévoit donc pas de diminution des mises en chantier dans un horizon de deux ans, seulement un report des unités prévu en 2020 à 2021.

La conclusion est que les mises en chantier résidentielles dans la province devraient être très peu affectées par la crise actuelle. Le fait d’avoir fermé les chantiers résidentiels pendant environ quatre semaines fera évidemment diminuer la construction en 2020, mais ceci devrait se rééquilibrer dès l’an prochain.

Il est de plus en plus clair cependant que les préférences des consommateurs seront affectées de façon permanente par la crise sanitaire actuelle. Plusieurs employeurs et employés ont été forcés au télétravail pendant quelques mois, et nombreuses sont les organisations qui ont été satisfaites de l’expérience. Ceci pourrait réduire l’engouement pour les quartiers centraux, et plusieurs voudront probablement demeurer dans des logements plus grands où ils pourront installer un ou des bureaux de travail confortables. Il ne serait donc pas surprenant de voir un regain d’intérêt pour les habitations dans les couronnes des grands centres urbains, au détriment des logements plus petits dans les grandes villes. Nous allons bien sûr suivre la situation de près au cours des prochains trimestres.

1. Source : APCIQ par le système Centris, statistiques du mois de mai 2020.