Actualités

Prévisions 2020 sur les chantiers résidentiels au Québec

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

Surprenante, voilà comment nous devons qualifier l’année 2019, autant pour l’économie québécoise en général que pour la quantité de mises en chantiers résidentiels qui y a été effectuée. Qu’en sera-t-il de 2020 ?

En effet, en mars dernier, 5 grandes banques canadiennes qui se retrouvent dans le tableau ci-dessous avaient prédit, en moyenne, que 44 000 mises en chantiers allaient s’effectuer dans la province en 2019. Ceci devait constituer une baisse par rapport aux 46 900 mises en chantiers de 2018.

Force est d’admettre que la situation s’est améliorée depuis le printemps, alors que les derniers chiffres indiquent que nous devrions avoir érigé 49 500 nouvelles unités d’habitations en 2019, soit 5 500 logements de plus que prévu. Cette performance nettement supérieure aux attentes n’est pas étrangère au fait que l’économie québécoise croît à un rythme élevé depuis 2017, que la création d’emplois est robuste dans la province depuis ce temps et que les taux d’inoccupation des logements sont au plus bas depuis plus d’une décennie, particulièrement dans la grande région de Montréal. L’ensemble de ces facteurs devrait d’ailleurs perdurer encore en 2020, qui devrait être elle aussi une excellente année en termes de construction résidentielle au Québec, tel que nous pouvons le constater dans le tableau.

Tel qu’illustré, on prévoit une diminution de la quantité de nouvelles habitations en 2020 par rapport à 2019. En moyenne, c’est 2 800 unités en moins qui sont prévues, soit une diminution de 5,5 %. Bien que moins élevé qu’en 2019, ce niveau de production demeure tout de même élevé par rapport aux moyennes historiques, et considérablement plus élevé qu’entre 2013 et 2016, une période où l’on construisait moins de 40 000 unités d’habitations neuves par année au Québec. L’année 2021, selon les prévisions que nous avons au moment d’écrire ces lignes, devrait être elle aussi respectable en ce qui concerne la quantité de logements construits, alors que nous devrions nous situer au-delà des 45 000 mises en chantiers.

Prévisions sur les mises en chantiers résidentiels au Québec (en milliers)
  2018 2019 2020 2021
TD1 45,9 45,2
Desjardins2 47,0
RBC3 46,5
BN4 45,0 42,0
BMO5 49,0 48,5
Moyenne 46,9 49,5 46,7 45,2

(1) Perspectives économiques provinciales, Services économiques TD, 19 septembre 2019.
(2) Desjardins Études économiques, Prévisions économiques et financières, 20 novembre 2019.
(3) RBC Services économiques RBC Recherche, Perspectives provinciales, Québec, septembre 2019.
(4) Banque Nationale Marchés financiers, Le mensuel économique, décembre 2019.
(5) BMO Capital markets, Provincial Economic Outlook, 6 décembre 2019.

Une question demeure tout de même en suspens : sommes-nous en mesure d’absorber autant de constructions neuves annuellement, ou est-ce que le parc immobilier croît trop vite par rapport à l’augmentation de la population ? Certaines études sur l’accroissement de la population réalisées ces dernières années indiquaient que la formation de nouveaux ménages au Québec devrait avoisiner les 40 000 par année. Ces études se basent sur les taux de natalité, les décès, l’immigration internationale et l’immigration interprovinciale. Ainsi, si nous réalisons davantage de mises en chantiers que le nombre de nouveaux ménages sur une longue période, nous devrions voir les taux d’inoccupation des logements augmenter, et vice versa.

En ce moment, on s’aperçoit que l’excellente tenue de l’économie québécoise combinée aux problèmes économiques qui surviennent dans l’Ouest canadien font en sorte que le solde migratoire interprovincial du Québec s’améliore depuis quelques années. Selon l’Institut de la statistique du Québec, nous avons perdu 14 000 personnes par année en moyenne au profit du reste du Canada entre 2013 et 2015 inclusivement, 10 600 personnes en 2016, 6 000 personnes en 2017 et seulement 5 800 en 2018. Ce bilan pourrait bien s’améliorer encore en 2019, alors que l’économie québécoise a mieux performé que celles des autres provinces du pays.

Ce solde migratoire interprovincial, sur lequel nous n’avons de pouvoir que l’état de l’économie des provinces, influencera certainement la quantité de mises en chantiers au Québec au cours des prochaines années. Cette variable constitue possiblement la raison principale pour laquelle les niveaux de constructions de nouveaux logements sont aussi élevés depuis quelques années.