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Programme de travailleurs étrangers temporaires en construction

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

Utilisé depuis longtemps dans l’industrie de l’agriculture, le programme de travailleurs étrangers temporaires a récemment été simplifié pour la plupart des métiers de la construction par les gouvernements du Canada et du Québec.

Qu’en est-il de ce programme dans l’univers de la construction du Canada et du Québec ? Est-il utilisé à son plein potentiel ? Que devrions-nous modifier afin qu’il soit réellement utile aux entrepreneurs en construction ?

Statistiques sur l’utilisation du programme

Le tableau ci-dessous indique la quantité de demandes d’études d’impact sur le marché du travail (EIMT) qui ont été approuvées par le gouvernement du Canada, dans le cadre du programme de travailleurs étrangers temporaires. On constate que bien que le Québec représente 23 % de la population canadienne, la belle province utilise bien peu le programme, alors que seulement 1,2 % des demandes approuvées proviennent du Québec.

Considérant qu’il y avait 89 895 postes vacants en construction au Canada, dont 12 665 au Québec en avril 20221, force est de constater que le programme est nettement sous-utilisé en tant que solution pour contrer la pénurie de main-d’œuvre. En fait, les 8 548 demandes approuvées au Canada entre le troisième trimestre de 2019 et le premier trimestre de 2021 représentent une infime fraction des postes qui étaient vacants au cours de ces trimestres.

Postes  approuvés à la suite d’une demande EIMT (T3 2019 à T4 2021)
 Métier Québec Canada %
Charpentier 18 2 507 0,7
Couvreur 11 940 1,2
Électricien 2 247 0,8
Plombier 5 219 2,3
Finisseur/béton 3 831 0,4
Briqueteur-maçon 2 244 0,8
Carreleur 5 416 1,2
Plâtrier/poseur de gypse 7 1 342  0,5
Vitrier 1 201 0,5
Calorifugeur 0 123 0,0
Peintre 13  789 1,6
Poseur de revêtements souples 2 149 1,3
Mécanicien d’ascenseur 0 13 0,0
Grutier 6 92 6,5
Monteur-assembleur 0 193 0,0
Tôlier (ferblantier) 13 92 14,1
Frigoriste 11 51 21,6 
Total 99 8 548 1,2

Source : Gouvernement du Canada

Un programme spécifique pour l’industrie de la construction

En ce moment, le programme de travailleurs étrangers temporaires dans l’industrie de la construction permet aux employeurs de recruter de la main-d’œuvre étrangère pour une période qui peut varier dépendamment des besoins, mais qui est normalement de deux ans. L’employeur a l’obligation de fournir un minimum de 30 heures de travail par semaine aux salariés ainsi recrutés, ce qui fait en sorte que ces derniers doivent travailler à l’année, tout en respectant les conditions de travail indiquées dans les conventions collectives de l’industrie de la construction, bien entendu.

En plus des frais élevés que l’on doit engager afin de dénicher les travailleurs étrangers, cette obligation de travail à l’année est très certainement un frein à l’embauche de travailleurs étrangers temporaires. En fait, il devient difficile pour les entreprises en construction de garantir 30 heures de travail au minimum lors de la période hivernale. Il est clair qu’il y a suffisamment de travailleurs québécois pour répondre à la demande en hiver pour bon nombre de métiers en construction. En revanche, il manque cruellement de main-d’œuvre lors des trois autres saisons de l’année. 

Un programme plus souple permettant l’embauche de travailleurs étrangers entre le 15 mars et le 15 décembre, par exemple, serait certainement plus attrayant pour les entreprises d’ici. De plus, s’il était possible de rappeler les mêmes travailleurs étrangers temporaires chaque année et de les laisser retourner voir leur famille l’hiver sans avoir à passer par l’ensemble des procédures administratives de l’immigration qui sont lourdes et coûteuses, le programme deviendrait beaucoup plus attrayant pour les employeurs. Il serait aussi fort probablement plus attrayant pour les travailleurs étrangers, qui pourraient retourner prendre soin de leurs proches pendant quelques mois l’hiver.

1 Statistique Canada, tableau 14-10-0372-01.