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Programme Intégrité : l’avis d’un expert en éthique et anticorruption

Francine Brosseau
Chroniqueuse actualités

M. Marc Tassé, MBA, CPA, CA, CFF, expert mondialement reconnu dans le domaine de la juricomptabilité ainsi qu’en matière de lutte contre la corruption et la criminalité financière, a accepté de répondre à quelques questions d’éthique.

Comment repérer un employé possiblement corrompu ?

Le profil des employés qui posent des gestes de corruption est très varié, mais on constate qu’ils exercent habituellement un contrôle sur les documents comptables et maîtrisent le système comptable de l’entreprise. Ils travaillent aussi souvent sans relâche (soirs et fins de semaine) et ne prennent que très rarement de vacances.

Par ailleurs, les employés susceptibles d’être corrompus s’adaptent aux temps modernes et se présentent habituellement très bien. Ils sont articulés et ont la capacité de berner les organisations les plus vulnérables, et ce, sans aucun remords ! Ce sont souvent des personnes qui font preuve d’audace, d’assurance et ont un indéniable talent d’acteur…

Quels sont les stratagèmes de fraude les plus utilisés ?

Parmi les principaux stratagèmes utilisés par les fraudeurs, autant pour les contrats publics que privés, on constate le fractionnement de contrats (pour éviter les contrôles internes), la fausse facturation, l’utilisation de produits de qualité inférieure à ce qui est prévu au contrat ou la substitution de produits, le détournement de biens avant la livraison, etc.

Quels sont les coûts des comportements non éthiques pour les entreprises ?

Les coûts sont énormes ! Que ce soit en frais juridiques (amendes, audits, etc.), en impact sur la productivité (on perd du temps à se défendre plutôt qu’à développer l’entreprise), sur l’image et la réputation de l’entreprise (perte de contrats ou même interdiction de soumissionner), les coûts des comportements non éthiques peuvent se compter en milliers, voire en millions de dollars. Donc, beaucoup d’argent que l’entreprise ne pourra malheureusement pas investir dans son développement.

Est-ce que certaines entreprises encouragent la corruption ?

Plusieurs entreprises encouragent la corruption, mais sans le savoir… Par exemple, les entreprises qui n’ont pas de comité d’éthique en place ni de politique stricte de prévention de la corruption. Les entreprises qui n’ont pas implanté de programme d’intégrité ou de conformité sont aussi à risque d’encourager la corruption par leur manque d’outils qui leur permettraient de prévenir et de détecter la corruption avant que le geste ne soit posé.

Les entreprises qui ne font pas de retour sur les incidents qui se sont déjà produits sont également à risque, car en agissant ainsi, elles ne corrigeront malheureusement pas leurs lacunes.

Pour terminer, comment peut-on faire pour que l’éthique demeure vivante dans l’entreprise et ne devienne pas « mécanique » ?

On travaille souvent par habitude, avec une vision en entonnoir et des comportements qu’on ne conteste pas.

Pourtant, pour agir de façon éthique, on doit impérativement éviter toute mécanisation de la pensée. Il faut plutôt :

  1. Poser plus de questions qu’on ne fournit de réponses
  2. Connaître les conséquences de ses actions
  3. Avoir un sens de la responsabilisation
  4. Réfléchir autrement
  5. Résoudre les problèmes selon sa conscience et ses valeurs morales
  6. S’assurer que les décisions prises résisteront à l’épreuve du temps.

Pour suivre M. Tassé sur LinkedIn : linkedin.com/in/marctasseauditor/

Pour vous inscrire au Programme Intégrité de l’ACQ
Écrivez à l’adresse integrite@acq.org ou rendez-vous au acq.org/integrite.

Le saviez-vous ?
Le coût de la corruption est de 16 milliards de dollars annuellement dans le monde. Ce qui fait en sorte que dans plusieurs pays, de nombreux programmes sociaux ne peuvent pas être offerts à la population plus vulnérable.