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BRANCHÉ SUR LA CONSTRUCTION
Mardi 17 juillet 2018

Le radon, ce tueur silencieux

Viviane Dorion
Viviane Dorion
Chroniqueur Technique du bâtiment

Le radon est un gaz incolore, inodore et radioactif. Il est mesuré en becquerel, du nom de celui qui a découvert la radioactivité en 1896, Henri Becquerel. Ce gaz provient entre autres de la dégradation de l’uranium qui est un élément naturellement présent dans les sols, notamment là où il y a présence de granit.

À cet effet, certains bâtiments construits avec du granit peuvent émettre des radiations assez significatives comme c’est le cas de la Grand Central Station de New York.

Afin d’éviter que les personnes soient exposées à des taux nocifs pour la santé par ce gaz radioactif, Santé Canada a révisé en juin 2007 le seuil maximal du niveau de concentration qui était de 800 Bq/m3 pour l’abaisser à un seuil maximal de 200 Bq/m3. Cette nouvelle ligne directrice est encore beaucoup plus permissive que celle émise par les États-Unis qui est de 150 Bq/m3.

Comme le radon est un gaz provenant entre autres de la décomposition de l’uranium, il peut être présent aléatoirement partout dans les sols. Il se faufile au travers les sols et les fissures pour remonter à la surface à l’air libre ou encore pour envahir nos sous-sols. Inoffensif à l’air libre, car les concentrations
sont trop diluées, il peut être dangereux lorsque les concentrations sont trop élevées. Puisque le radon est plus dense que l’air, les concentrations de radon sont généralement plus importantes dans les sous-sols que dans le reste de la maison.

Certaines régions du Québec sont connues pour avoir des taux de radon importants. C’est le cas notamment de la région de Mont-Saint-Hilaire et de celle d’Oka. Par contre, une étude menée par Santé Canada pendant les trois mois d’hiver de la saison 2010-2011 révèle que 10,1 % des maisons québécoises (contre 7 % pour le reste du pays) sur les 14 000 habitations canadiennes étudiées avaient des taux de radon qui excédaient les 200 Bq/m3. Donc ici, au Québec, 1 maison sur 10 serait affectée par le radon. Est-ce qu’il y en a chez moi ? Est-ce qu’il y en a chez vous ? Est-ce qu’il y en aura dans le bâtiment que vous êtes en train de construire ? C’est inquiétant quand on sait qu’en 2012, Santé Canada estimait à 16 % les décès par cancer du poumon causé par une exposition au radon.

Mieux vaut prévenir…

Afin de prévenir l’exposition au radon, le Code de construction du Québec prévoit une protection contre les gaz souterrains à la sous-section 9.13.4. Par contre, le 1er paragraphe de l’article 9.13.4.1. stipule que « Sous réserve du paragraphe 2), tous les murs, toits et planchers en contact avec le sol doivent être conçus de façon à empêcher l’infiltration de gaz souterrains dans un bâtiment érigé à un endroit où il est reconnu que les émanations de gaz souterrains constituent un danger pour la salubrité et la sécurité des bâtiments. » Par la suite, le paragraphe 4 de ce même article stipule que « si une protection contre les gaz souterrains est exigée, la protection permettant de contrer les infiltrations doit satisfaire les conditions suivantes (voir alinéas a et b). » Mais puisque le radon se faufile aléatoirement un peu partout, comment faire pour savoir si notre bâtiment est à risque d’être contaminé par des taux excessifs de radon ? Des zones à risques sont répertoriées, mais ces zones dites à risques ne sont pas les seuls endroits où il pourrait y avoir du radon.

À l’opposé, les éditions 2010 et 2015 du Code national du bâtiment du Canada stipulent au paragraphe 2 de l’article 9.13.4.2. Protection contre l’infiltration des gaz souterrains que « Sauf si l’espace entre le système d’étanchéité à l’air et le sol est accessible pour permettre l’installation ultérieure d’un système de dépressurisation sous le plancher, les logements et les bâtiments enfermant des habitations doivent être équipés des canalisations nécessaires à la mise en place d’un système d’extraction de radon conforme à l’article 9.13.4.3. » Dans le même ordre d’idée, les bâtiments certifiés Novoclimat sont équipés d’un système de canalisation permettant l’extraction ultérieure du radon.

 Afin de mettre en place un système permettant l’extraction ultérieure du radon, le guide illustré de l’utilisateur 2014 du CNB 2010 propose à l’article 9.13.4.3. Mise en place des moyens pour un système de dépressurisation sous le plancher l’un des moyens illustrés à la figure 9.13.-7 afin de pouvoir raccorder immédiatement lors des travaux de construction, ou ultérieurement si la présence de radon est détectée, un système permettant l’évacuation du radon vers l’extérieur tel qu’illustré à la figure 9.13.-8.

Figure9 13 7

Figure9 13 8Illustrations utilisées avec l’autorisation du Conseil national de recherches du Canada

Mieux vaut donc équiper le bâtiment d’un système de canalisation permettant l’extraction immédiate ou ultérieure du radon lors des travaux de construction comme le propose le CNB puisque les coûts associés à ce système d’extraction seront beaucoup moins considérables que s’il est mis en place dans un bâtiment existant.

Il est important de rappeler que certaines municipalités pourraient avoir des exigences particulières concernant le radon.

La Société canadienne du cancer publiait un communiqué en novembre 2015 pour informer la population que le radon était la cause principale du cancer du poumon après le tabagisme. Au Québec, 600 décès par année seraient attribuables à un cancer causé par des expositions prolongées à des concentrations trop élevées de radon.

Comme le présent article est à titre indicatif seulement, je vous invite à consulter les documents ci-dessous :

  • Code de construction du Québec, Chapitre I – Bâtiment, et Code national du bâtiment – Canada 2010 (modifié)
  • Code national du bâtiment – Canada 2010 et 2015
  • Guide illustré de l’utilisateur – CNB 2014 – Maisons et petits bâtiments (partie 9)
  • TEQ - Novoclimat
  • Santé Canada

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