Construire
BRANCHÉ SUR LA CONSTRUCTION
Mardi 17 juillet 2018

Construction neuve et rénovation domiciliaire, amies ou ennemies ?

Jean-Philippe Cliche
Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur Économie

Acheter neuf ou rénover notre résidence actuelle ? Voilà une question qui tourmente bien des ménages.

Pour y répondre, nous analysons les données sur la rénovation domiciliaire et la construction neuve au Québec et tentons de voir s’il existe un lien entre les dépenses en rénovation domiciliaire et les dépenses en construction neuve.

Certains croient que la construction neuve se substitue à la rénovation domiciliaire, et que les gens achètent une construction neuve au lieu de rénover leur domicile. D’autres sont portés à croire que les deux secteurs
sont complémentaires, et que leur croissance respective dépend de l’état de l’économie et non d’une substitution entre les deux types de dépenses.

Afin de répondre à la question, nous avons analysé les taux de croissance de la rénovation domiciliaire et de la construction neuve entre 1971 et 2016 inclusivement, et nous avons cherché à savoir ceci : lorsque les dépenses dans la construction neuve varient, est-ce que les dépenses en rénovation domiciliaire varient dans le même sens ? Le graphique ci-dessous démontre l’exercice effectué.

 graphique croissance annuelle des investissements résidentiels
Statistique Canada

Nous pouvons constater que les dépenses en construction neuve fluctuent davantage que les dépenses en rénovation domiciliaire. De plus, sur les 45 années pour lesquelles nous avons des données, les taux de croissance dans le secteur de la construction neuve ont été plus souvent positifs (26 fois contre 19). Sur la même période, les taux de croissance des dépenses en rénovation domiciliaire ont été aussi plus souvent positifs (41 fois contre 4). Nul doute, les dépenses en rénovation domiciliaire sont nettement plus constantes dans le temps que les dépenses en construction neuve, qui sont plus volatiles et plus difficilement prévisibles.

Par contre, une observation attentive des données du graphique permet de constater que les deux variables semblent bouger dans la même direction d’une année à l’autre. Autrement dit, on remarque que lorsque les dépenses en construction neuve diminuent, les dépenses en rénovation diminuent elles aussi, et vice-versa. Les friands des statistiques seront heureux d’apprendre que le coefficient de corrélation entre les deux variables est de 0,33, et qu’il est statistiquement significatif au seuil de 95 %. Pour ceux qui préfèrent ne pas entrer dans ce type de détail, vous pouvez conclure que la rénovation domiciliaire et la construction neuve sont des amies, et que ces deux types de dépenses bougent normalement ensemble. Elles dépendent de l’activité économique dans la province et ne se substituent pas l’une par rapport à l’autre.

Bien que ceci pourrait paraître contre-intuitif pour certains, les données démontrent clairement que les nouvelles mises en chantiers dans la province ne font pas concurrence à la rénovation des immeubles existants. Ils
sont en fait, complémentaires. D’ailleurs, qui d’entre nous n’a pas rénové sa maison avant de la mettre en vente, question de maximiser son prix de vente et réaliser un profit plus grand ?

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