Dossier construction en bois - Toujours plus haut !

Photo page d’accueil : Origine à Québec est l’immeuble d’habitation en copropriété tout en bois le plus haut en Amérique du Nord. Crédit photo : Stéphane Groleau
Photo introduction : Arbora à Montréal, un complexe qui se qualifie de plus important projet doté d’une structure en bois massif CLT au Québec. Crédit photo : Sotramont.

La construction en bois est en plein essor dans le monde et le Québec n’est pas en reste. Matériau longtemps oublié en raison des risques d’incendie qu’il présentait, il fait un retour en force à la faveur de nouveaux produits de haute technologie et d’applications multiples. L’objectif est maintenant de repousser les limites pour construire de plus en plus haut.

« Si l’acier et le béton ont été les matériaux privilégiés des deux derniers siècles, le 21e siècle sera celui du bois », a affirmé Marc-André Roy, président de Sotramont lors du Congrès de l’ACQ en septembre dernier. Le constructeur d’habitations résidentielles s’est lancé dans la construction en bois il y a quelques années. Parmi ses réalisations, mentionnons TOD Bois-Franc, un projet multirésidentiel de 26 condos à Saint-Laurent, un des premiers bâtiments à structure en bois massif à être construit dans la métropole, et Arbora, situé au centre-ville de Montréal qui, avec ses 434 unités d’habitations réparties dans un complexe de 3 immeubles de 8 étages, se qualifie de plus important projet doté d’une structure en bois massif CLT au Québec.

Plusieurs autres bâtiments sont sortis de terre ces dernières années. Depuis 2009, plus de 100 immeubles de 5 ou 6 étages en bois ont été construits dans la province, selon Cecobois, le Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois.

Les atouts du bois

Plusieurs éléments concourent à favoriser la construction en bois. Tous les paliers de gouvernement ont mis en place des mesures pour accroître l’utilisation de ce matériau reconnu pour ses valeurs écologiques et durables, ce qui en fait un outil de lutte aux changements climatiques. Les modifications au Code du bâtiment, le développement de nouveaux produits d’ingénierie par les fabricants, Nordic Structures au premier chef, contribuent aussi au progrès de cette industrie naissante. Il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin.

« Nous n’avons pas le droit de manquer cette fenêtre d’opportunité, affi rme Gérald Beaulieu, directeur de Cecobois. Pour cela, il faut toutefois continuer le travail de sensibilisation et de support technique à l’industrie pour développer le savoir-faire. »

En septembre dernier, il a assisté au congrès Woodrise qui s’est déroulé à Bordeaux, en France. Ce premier congrès international dédié à la construction en bois dans les immeubles de moyenne et grande hauteur était organisé conjointement par le pays hôte, le Japon et le Canada. Il a pu faire des constats sur les avancées dans ces différentes régions du monde.

En Amérique du Nord, une des principales préoccupations envers le bois réside dans la protection des incendies, explique M. Beaulieu. En Europe, cette question est réglée, ils se penchent surtout sur les moyens d’augmenter la capacité structurale du matériau. Au Japon, ils sont rendus encore plus loin et cherchent davantage à documenter les effets du bois sur le bien-être des occupants. »

De plus en plus d’études le démontrent, le bois a des effets positifs sur la qualité de vie. « Dans les écoles qui privilégient ce matériau, les enfants ont de meilleures performances académiques alors que dans les hôpitaux, les gens malades récupèrent plus vite », ajoute M. Beaulieu.

Un apprentissage en accéléré

Devenir un chef de fi le dans la construction en bois ne se fait pas du jour au lendemain. Pour Sotramont, prendre ce virage s’est révélé « toute une aventure », selon Guy Saint-Jacques, vice-président Construction. Il a fallu adapter les techniques de construction, trouver les outils adéquats, valider la qualité et la performance des différents éléments. Il y avait beaucoup de défrichage à faire. « Peu d'éléments avaient été testés, le matériau était méconnu des architectes, des ingénieurs et de l'industrie en général. Nous avions beaucoup de questions et peu de réponses. »

Trouver un outil capable de percer les éléments structuraux faits de bois n’a pas été une mince tâche. « L’épinette noire est un bois tellement dense, il faut des mèches qui ont une résistance à l’échauffement, explique M. Saint-Jacques. Aucun de nos fournisseurs habituels n’avait ce qu’il fallait. Nous avons dû établir des contacts en Europe et référer ces manufacturiers à nos sous-traitants. » Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des défi s techniques auxquels le constructeur a dû répondre.

Sotramont travaille avec plusieurs centres de recherche universitaire, notamment avec l’École de technologie supérieure et la Chaire industrielle de recherche sur la construction écoresponsable en bois (CIRCERB) de l’Université Laval. Le constructeur collabore également avec les chercheurs de FPInnovation, un centre privé de recherche sur le bois, et avec Cecobois qui offre des formations et un support technique grâce à son équipe d’experts composée d’ingénieurs et d’architectes. « À force d’exclure le bois pour la construction, il y a eu une perte de connaissance sur les façons de faire, explique M. Saint-Jacques. Il nous faut aujourd’hui aller chercher et partager l'information, évaluer et tester avant de procéder. »

Pour continuer le développement de la filière, la courbe d’apprentissage doit s’accélérer, selon lui. À l’heure actuelle, seule l’Université du Québec à Chicoutimi intègre des formations sur les structures en bois dans ses programmes de génie civil. Depuis peu, elle offre aussi un programme court de deuxième cycle pour l’utilisation du matériau bois dans la construction.

« Il faut continuer le travail de sensibilisation auprès des universités à l’échelle de l’Amérique du Nord pour qu’elles développent des formations », affirme M. Beaulieu, qui se prépare d’ailleurs à rencontrer des professeurs d’universités canadiennes pour discuter des éléments à mettre au curriculum de formation des ingénieurs.

Développer les connaissances et le savoir-faire est nécessaire pour consolider l’industrie et favoriser l’innovation. Actuellement, la réglementation québécoise limite à 12 étages les bâtiments qui utilisent les techniques de bois lamellé-croisé (CLT). Pour les bâtiments à ossature légère, la limite est de 6 étages. « Il est possible de construire plus haut, explique M. Beaulieu. Ailleurs dans le monde, il y a des concepts qui font 20 ou même 30 étages. »

Des projets marquants

Quelques exemples de projets de construction en bois dans les secteurs institutionnel et commercial (voir album-photos).

  1. Centre multifonctionnel de Saint-Éphrem de Beauce
    Le bâtiment marie deux systèmes constructifs soit une structure en lamellé-collé pour son hall d’entrée et une ossature légère en bois. 

  2. Maison Mazda à Saint-Félicien
    Trois systèmes structuraux en bois ont été utilisés pour cet établissement commercial : une ossature légère conventionnelle pour l’intérieur des bureaux, une ossature légère préfabriquée avec du bois d’ingénierie pour une partie des murs de grande hauteur et des linteaux et le bois massif en lamellé-collé pour la salle d’exposition.

  3. Caserne 34 à Longueuil
    Pour cette caserne de pompiers inaugurée en 2015, la Ville de Longueuil a choisi le bois, un matériau inhabituel il va sans dire pour ce type de construction. Elle aussi a opté pour un système hybride comprenant du bois massif, une ossature légère en bois et l’acier.

  4. Ameublement Tanguay à Trois-Rivières
    D’une superficie de plus de 7400 m², il s’agit de la plus grande surface commerciale en Amérique du Nord construite entièrement en structure de bois d’ingénierie.

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