Depuis plus de trois décennies, la construction en bois connaît une transformation majeure au Canada et le Québec y est actif. Longtemps limitée à des bâtiments de faible hauteur, l’utilisation du bois comme matériau structural principal a gagné en crédibilité technique et réglementaire.
Les avancées en développement du bois d’ingénierie telles que le lamellé-croisé, le lamellé-collé (CLT) et autres ont permis de repousser les limites traditionnelles associées à la construction de type combustible. Parallèlement, l’évolution du Code national du bâtiment (CNB), ses adaptations provinciales comme le CCQ et les arrêtés ministériels, ouvrent la voie à développer la construction des bâtiments en bois de moyenne et grande hauteur. L’introduction du concept de construction en bois d’œuvre massif encapsulé (CBOME) marque un tournant décisif en conciliant performance structurale, sécurité incendie et durabilité. Aujourd’hui, le bois massif encapsulé s’impose comme une solution crédible pour les bâtiments multiétages résidentiels ou multi-usages et représente un levier stratégique pour l’innovation et l’économie québécoise.
Résistance structurale du bois massif encapsulé dans les bâtiments

L’utilisation du bois dans des structures d’envergure ne se limite pas aux bâtiments d’habitation. Historiquement, des ponts ferroviaires et des montagnes russes ont été construits en bois pour supporter des charges dynamiques considérables ce qui a pu démontrer la robustesse et la longévité qu’offre le bois.
La résistance structurale du bois et plus particulièrement celle du bois massif encapsulé repose sur des propriétés mécaniques bien documentées et normalisées. Les produits de bois massif d’ingénierie offrent une capacité portante élevée, une excellente rigidité et une prévisibilité de comportement sous charge. Contrairement à certaines croyances, le bois présente un rapport résistance/poids très avantageux, ce qui permet de réduire les charges sismiques et les efforts transmis aux fondations.
Dans les bâtiments de grande hauteur, les systèmes structuraux en bois massif encapsulé sont conçus pour répondre aux exigences de la norme CSA O86-24, qui encadre le calcul des éléments structuraux en bois au Canada. Les murs porteurs, planchers et noyaux de stabilité peuvent être réalisés en CLT, offrant une résistance efficace aux charges verticales et latérales, incluant le vent et les séismes.
L’encapsulation des éléments structuraux, généralement exercés par du surdimensionnement des pièces de bois ou l’ajout de panneaux de gypse de type X ou d’autres couches sacrificielles, contribue également à la stabilité globale du bâtiment en protégeant le bois contre les effets thermiques et l’humidité durant la phase d’exploitation. Aujourd’hui, le bois massif encapsulé n’est plus considéré comme un matériau expérimental, mais bien comme une solution structurale mature, fiable et compatible avec les exigences des bâtiments de grande hauteur.
Résistance au feu dans les bâtiments d’habitation en bois
La résistance au feu constitue historiquement l’un des principaux freins à l’utilisation du bois dans les bâtiments de grande hauteur. Toutefois, les recherches menées depuis les années 1990 ont profondément renouvelé la compréhension du comportement du bois en situation d’incendie. Le bois massif possède une caractéristique essentielle, il se carbonise à un taux prévisible, créant une couche protectrice qui ralentit la propagation du feu et préserve la capacité portante résiduelle de l’élément structural.
Selon les données reconnues par le CNB Ch.1 et la norme CAN/ULC-S101, le taux de carbonisation du bois massif est d’environ 0,65 mm/min, ce qui permet aux ingénieurs de concevoir des sections sacrificielles assurant un degré de résistance au feu de 1 ou 2 heures, conformément aux exigences du code. Pour le bois massif encapsulé, l’ajout de couche de matériaux comme protection sacrificielle retarde l’exposition du bois au feu, limitant son contact avec l’incendie durant la période critique d’évacuation et d’intervention des services d’urgence.
Dans le Code de construction du Québec 2020 Ch. 1, on soutient cette approche en maintenant des exigences précises pour la CBOME, incluant la compartimentation, les systèmes de gicleurs automatiques et les degrés de résistance au feu minimum pour les éléments structuraux. Ces dispositions démontrent que les bâtiments d’habitation en bois d’œuvre massif encapsulé peuvent atteindre un niveau de sécurité incendie équivalent aux constructions incombustibles traditionnelles et même y être supérieurs sur certains points.
Richesse naturelle et économique pour le Québec
Au Québec, le bois représente une ressource stratégique touchant le plan environnemental et l’économie. En référence, notre province dispose d’un vaste territoire forestier et d’une expertise reconnue en aménagement durable des forêts. L’utilisation accrue du bois dans la construction de bâtiments de grande hauteur favorise la transformation locale de cette matière première, soutient l’industrie forestière, crée des emplois spécialisés dans les secteurs de l’ingénierie, de la fabrication et de la construction. Très important à considérer, le bois est un matériau renouvelable qui contribue à la réduction de l’empreinte carbone du secteur du bâtiment.
Chronologie réglementaire et nombre d’étages
Avec le temps, les systèmes de construction combustible se sont diversifiés. Citons la construction pièce sur pièce, celle à ossature légère (2×4, 2×6, etc.), les systèmes de poutres et colonnes, le bois d’ingénierie structural, le bois lamellé-collé, le bois lamellé-croisé ou encore la construction hybride (bois, béton et/ou acier). Tous y ont pris place et l’évolution de la réglementation canadienne illustre clairement l’acceptation progressive du bois dans des bâtiments toujours plus grand en hauteur.
Considérons qu’au fil du temps, les transitions réglementaires au code furent précédées par des directives et des mesures équivalentes encadrées selon des guides explicatifs émis par la Régie du Bâtiment du Québec. Donc par des arrêtés ministériels, on repousse les limites permises au Code de construction permettant d’innover selon de nouvelles normes et protocole avant qu’ils soient directement inclus au Code national du bâtiment et Code de construction du Québec.
Références chronologiques : (codes et guides techniques)
- Du 11 novembre 1993 au 6 novembre 2000, le CNB 1990, limitait la construction en bois à 3 étages (art. 3.2.2.34.).
- Du 7 novembre 2000 au 16 mai 2008, le CCQ 1995, limitait la construction en bois à 4 étages (art. 3.2.2.45.).
- Du 17 mai 2008 au 12 juin 2015, le CCQ 2005, limitait la construction en bois à 4 étages (art. 3.2.2.45.).
- En 2014, le guide technique pour la conception et la construction de bâtiments en bois de grande hauteur au Canada (GBGH) fut publié par FP Innovations.
- En 2015, la RBQ a déposé légalement les directives et guides explicatifs sur les bâtiments de construction massive en bois d’au plus 12 étages.
- Du 13 juin 2008 au 7 janvier 2022, le CCQ 2010, est passé à 6 étages de limitation (art. 3.2.2.50.), marquant une ouverture significative vers les grands bâtiments en bois.
- Depuis le 17 avril 2025, le CCQ 2020 a introduit la construction en bois d’œuvre massif encapsulé jusqu’à 12 étages (art. 3.2.2.48.).
- En 2025, la RBQ a déposé légalement les conditions à respecter et guide explicatif sur les bâtiments de construction en bois d’œuvre massif encapsulé d’au plus 18 étages.
Donc le 18 juin 2025, un jalon majeur a été atteint. Des travaux conjoints entre la RBQ et la Colombie-Britannique ont permis l’élargissement du cadre réglementaire pour la construction de bâtiments CBOME s’élevant jusqu’à 18 étages via des mesures équivalentes accessibles au Québec. Légalisé en vertu de l’arrêté ministériel AM 2025-001 qui approuve ce nouveau sommet selon une conception et un procédé de construction encadré par la loi sur le bâtiment du Québec. Cette progression témoigne d’un changement de paradigme fondé sur une compréhension plus large des performances, ne se limitant pas seulement à la nature combustible du bois.
De belles réalisations canadiennes

À Québec, la tour Origine à la Pointe-aux-Lièvres incarne l’intégration du bois dans un projet urbain innovant, symbolisant le potentiel architectural et technique du bois dans les constructions contemporaines. Bâtiment de 13 étages et 40,9m de haut dont 12 sont structurées d’un assemblage en bois massif comme système de résistance aux charges gravitaires et pour les charges latérales elle est composée d’un système utilisant des murs de cisaillement en CLT.
Origine est à ce jour le bâtiment d’habitation en CBOME le plus haut au Québec.
À Vancouver, le Brock Commons de l’Université de la Colombie-Britannique est un complexe de résidences pour étudiants d’une hauteur de 53 mètres (174 pieds) sur 18 étages et comporte des noyaux en béton pour les ascenseurs. Il a été conçu pour accueillir plus de 400 étudiants et comprend 33 suites de quatre chambres. Achevée au printemps 2017, Brock Commons est actuellement la plus haute structure en bois massif au Canada et fut le premier projet hybride de masse en bois, acier et béton de plus de 14 étages au monde.


À Montréal, dans le quartier Griffintown, le projet Arbora constitue l’un des premiers complexes résidentiels d’envergure en bois massif multiétages au Québec. Il est composé de trois immeubles de huit étages à usage mixte incluant 434 unités d’habitation, des boutiques gourmandes et autres services.
Projet Arbora – Sotramont – Nordic Structures
Construit avant l’élargissement des dispositions actuelles permettant la construction en CBOME de plus grande hauteur, Arbora est une autre preuve de faisabilité technique et réglementaire de bâtiments résidentiels de moyenne hauteur en bois d’ingénierie en milieu urbain dense. Par son ampleur, son niveau de préfabrication et sa certification environnementale LEED Platine, le projet s’est vu décerner le prix de l’innovation en bâtiment 2020 par l’ACQ et est aujourd’hui considéré comme un précurseur majeur ayant contribué à l’essor de la construction en bois massif au Québec.
À Mont-Blanc Qc., le sentier des cimes avec sa tour d’observation panoramique EAK de 40m de haut, met en valeur le bois massif dans une structure circulaire élancée très inspirante.
Projet Le sentier des cimes – Tremblant Express

L’avenir du bois massif encapsulé
Le CBOME s’impose aujourd’hui comme un matériau d’avenir pour les bâtiments multi-usages et de grande hauteur. Soutenu par des décennies de recherche, d’essais rigoureux et une évolution réglementaire cohérente, il répond désormais aux exigences les plus strictes en matière de structure, de sécurité incendie et de durabilité. Au Québec, cette filière représente une occasion unique de conjuguer innovation, performance environnementale et développement économique local.
Le futur du bâtiment passe donc par le bois, un matériau ancestral devenu symbole de modernité.
À quand le premier bâtiment de 18 étages construits en bois au Québec ?
Définitions :
- Construction en bois d’œuvre massif encapsulé (CBOME) : Type de construction dans lequel un certain degré de sécurité incendie est assuré grâce à l’utilisation d’éléments en bois d’œuvre massif encapsulé ayant un degré d’encapsulation ainsi que des dimensions minimales pour les éléments structuraux et autres ensembles de construction.
- Degré d’encapsulation : Temps en minutes pendant lequel un matériau ou un assemblage de matériaux retarde l’inflammation et la combustion des éléments en bois d’œuvre massif encapsulé dans des conditions déterminées d’essai et de comportement, ou différemment si le Code l’exige.
- Bois de charpente composite : Bois d’ingénierie structural, y compris le bois en placage stratifié, le bois reconstitué de longs copeaux parallèles, le bois de copeaux laminés ou le bois de copeaux orientés, préalablement approuvé par le Centre canadien de matériaux de construction (CCMC), fabriqué pour une utilisation structurale et évalué conformément à la norme ASTM D5456.
- Bois lamellé-collé (CLT) : Bois d’ingénierie structural obtenu par collage sous pression de lamelles classées dont le fil est essentiellement parallèle, qui satisfait à la norme CAN/CSA‑O122 ou qui est préalablement approuvé par le CCMC, et fabriqué en usine conformément à la norme CSA O177.
- Bois lamellé-croisé : Bois d’ingénierie structural préfabriqué conformément à la norme ANSI/APA PRG 320 de 2018, ou plus récente, à partir d’au moins 3 couches orthogonales de bois de sciage ou de bois de charpente composite, laminées à partir du collage des couches longitudinales et transversales à l’aide d’un adhésif structural afin de former un élément structural de forme rectangulaire, droit et plane, destiné à des applications de toit, de plancher ou de mur.
- Bois lamellé mécaniquement (MLT) : Bois d’ingénierie structural préfabriqué à partir de bois de sciage reliés solidairement à partir d’attaches mécaniques afin de former un élément structural de forme rectangulaire, droit et plane destinés à des applications de toit, de plancher ou de mur. Cette catégorie inclut notamment le bois lamellé-cloué, le bois lamellé vissé et le bois lamellé goujonné, dont la fabrication et l’évaluation sont conformes à la norme CSA O125.
- Encapsulation : Méthode de protection passive contre l’incendie visant à utiliser des matériaux ou membranes de protection thermique pour protéger les éléments structuraux et atténuer les effets thermomécaniques de l’incendie sur ces éléments structuraux, de sorte que les effets des éléments structuraux combustibles sur la gravité de l’incendie soient retardés pour une période spécifiée.