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Comptabilité de chantier au Québec : le guide 2026

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Paie CCQ, retenues, DPA et choix du comptable : dans une industrie qui tourne à plein régime, ce sont vos chiffres, pas votre carnet de commandes, qui décident de vos marges.

Guide informatif, dernière vérification des données réglementaires en juillet 2026. Les règles fiscales et les échéances évoluent souvent : confirmez toujours les montants et les dates auprès de la CCQ, de la RBQ, de Revenu Québec et de l’ARC avant de décider.

L’industrie de la construction québécoise sort d’une période d’activité exceptionnelle. La Commission de la construction du Québec (CCQ) a mesuré, en 2024, un sommet historique d’environ 216 millions d’heures travaillées, et elle anticipe une activité maintenue élevée, de l’ordre de 211 millions d’heures en moyenne pour la période 2025-2029. Quand les chantiers roulent à plein régime, le risque numéro un change de nature. Ce n’est plus le manque de contrats, c’est la désorganisation des chiffres : plus de facturation, plus de paie, plus de retenues à la source, donc plus de risques d’erreur et plus de tension sur la trésorerie.

Dans ce contexte, la comptabilité d’une entreprise de construction n’a rien d’un poste administratif secondaire : c’est l’outil de pilotage qui décide de vos marges autant que votre carnet de commandes. Structurer vos comptes, surveiller les bonnes obligations québécoises, capter les bonnes déductions et vous entourer d’un comptable qui connaît la réalité des chantiers : chacun de ces choix se traduit directement en dollars.

Pourquoi la construction n’est pas une comptabilité comme les autres

Un comptable généraliste sait produire des états financiers. La construction, elle, ajoute des couches de complexité que peu de professionnels maîtrisent réellement.

La première, c’est la paie régie par la Loi sur les relations du travail dans l’industrie de la construction (Loi R-20) et par les conventions collectives. Taux par métier, primes, indemnités de déplacement, cotisations à de multiples caisses : une erreur de paie en construction se traduit vite en pénalités et en litiges. La deuxième, c’est la comptabilité par projet. Chaque chantier est une petite entreprise avec ses coûts, ses revenus, sa marge et son échéancier de facturation. Sans suivi par projet, un entrepreneur peut afficher un bon chiffre d’affaires global tout en perdant de l’argent sur trois contrats sans le savoir. La troisième, c’est l’environnement réglementaire : licence RBQ, cautionnement, attestations de Revenu Québec, hypothèque légale de la construction. Chacun de ces éléments a des conséquences comptables directes.

L’actualité 2026 rend le sujet encore plus concret. Les conventions collectives 2025-2029 prévoient une hausse salariale de 5 % pour le secteur institutionnel-commercial et industriel à compter du 26 avril 2026, avec des hausses déjà prévues les années suivantes (les autres secteurs, résidentiel, génie civil et voirie, ont leurs propres conventions et leurs propres échéances). Les indemnités bougent aussi : la chambre et pension pour un déplacement de 120 km et plus est revalorisée (autour de 180 $ selon la grille CCQ en vigueur, à confirmer pour votre secteur). Un entrepreneur qui n’ajuste pas ses coûts de revient et ses soumissions en conséquence se fait rogner ses marges dès l’été 2026. C’est exactement le genre de mécanique qu’un comptable rompu à la paie CCQ intègre à vos prévisions.

Les services comptables essentiels au chantier

La paie CCQ et le rapport mensuel

Le rapport mensuel de l’employeur à la CCQ est le cœur de la gestion administrative en construction. Il est dû au plus tard le 15e jour du mois suivant la période couverte, et il demeure obligatoire même quand aucun travail n’a été exécuté. Tant que votre entreprise figure sur la liste des employeurs de la CCQ, vous devez transmettre un rapport ou un avis d’inactivité, jamais un simple silence. Un minimum de 5,00 $ par mois (contribution employeur AECQ, autrement 0,03 $ par heure travaillée) reste dû à chaque rapport.

Deux changements majeurs s’appliquent en 2026. D’abord, la transmission du rapport mensuel se fait obligatoirement en ligne, et le paiement s’effectue par voie électronique, soit via votre institution financière (fournisseur « CCQ – Rapport mensuel »), soit par débit préautorisé. Ensuite, trois statuts disparaissent du rapport dès janvier 2026 : le statut M (machinerie de production) et le statut L (heures de préparation) basculent au statut A, tandis que le statut F (administrateur salarié) est déclaré au statut de salarié régulier. Si votre logiciel de paie ou votre teneur de livres n’a pas intégré ces changements, vos rapports risquent d’être erronés.

La comptabilité par projet et la facturation progressive

En construction, on facture rarement d’un coup. La facturation progressive, avec décomptes selon l’avancement, est la norme. À cela s’ajoutent les retenues de garantie, souvent autour de 10 % du contrat. Attention à une confusion fréquente : au Québec, cette retenue de 10 % est une pratique contractuelle usuelle (typique des contrats CCDC), pas une retenue légale obligatoire comme il en existe en Ontario. Sa libération dépend des modalités du contrat et de la fin des travaux ou de la période de correction des déficiences.

Ce qui est de nature légale, en revanche, c’est l’hypothèque légale de la construction, votre principale protection en cas de non-paiement. Elle doit être publiée au Registre foncier dans les 30 jours suivant la fin des travaux, et elle s’éteint 6 mois après cette même fin des travaux si vous n’avez pas exercé votre recours. Une bonne tenue de livres par projet, avec dates et montants clairs, vous permet de respecter ces délais sans improviser.

Les déclarations fiscales et les attestations

Une société de construction produit chaque année une déclaration fédérale (T2) et une déclaration québécoise (CO-17), avec calcul de l’amortissement fiscal. S’ajoute la gestion des sous-contrats et de l’attestation de Revenu Québec. Cette attestation devient obligatoire dès que la valeur totale des contrats entre les deux mêmes parties atteint 25 000 $ (hors taxes) dans une année civile, et l’obligation devient permanente par la suite entre ces mêmes parties. Elle s’applique à tous les paliers de sous-traitance : votre sous-traitant doit détenir une attestation valide et vous en remettre copie entre la date de la soumission et la fin du 7e jour suivant le début des travaux. Une attention particulière doit également être portée quant au délai de validité de l’attestation. Un suivi rigoureux de ces attestations vous évite des refus de paiement et des surprises lors d’un contrôle.

Les obligations québécoises à ne pas manquer

  • Conservation des documents : 6 ans. Livre de paie, fiches de temps, contrats, factures et bons de commande doivent être conservés six ans après la dernière année à laquelle ils se rapportent. Ce délai, exigé par la CCQ, correspond également au délai généralement applicablepar Revenu Québec et l’Agence du revenu du Canada (ARC).
  • Licence RBQ et cautionnement. La Régie du bâtiment du Québec veille à s’assurer de la qualification, la probité et la solvabilité des entrepreneurs. Le cautionnement de licence en vigueur est de 20 000 $ pour un entrepreneur spécialisé et de 40 000 $ pour un entrepreneur général. Une réforme de la règlementation propose de porter ces montants à 30 000 $ et 60 000 $, mais il s’agit de projets de règlement publiés en mars 2025 et en février 2026, non encore en vigueur : vérifiez l’état d’avancement auprès de la RBQ avant de budgéter. Votre comptable joue ici un rôle direct, car c’est la démonstration de solvabilité (états financiers, obligations fiscales à jour), entre autres, qui appuie le maintien et le renouvellement de la licence.
  • Cotisation annuelle AECQ. La cotisation de base 2026 est de 240 $ (plus taxes), inscrite au rapport mensuel d’octobre.
  • Inscriptions préalables. Un nouvel employeur assujetti doit d’abord être inscrit au Registraire des entreprises (NEQ), à Revenu Québec (TPS/TVQ et retenues) et à la CNESST, détenir la licence requise, puis s’enregistrer à la CCQ.

Les déductions fiscales propres au secteur

C’est souvent là qu’un comptable spécialisé se rentabilise de lui-même. L’amortissement fiscal (déduction pour amortissement, ou DPA) obéit à des catégories précises, et les erreurs de classement sont fréquentes. Les repères justes pour 2026 sont les suivants.

  • La machinerie mobile de chantier (excavatrices, chargeuses, bouteurs, compacteurs, bétonnières) relève de la catégorie 38, au taux de 30 % dégressif. Attention à une idée reçue : ce n’est pas la catégorie 53 ni la catégorie 43. Le passage de la catégorie 53 (50 %) à la catégorie 43 (30 %) pour les acquisitions à compter du 1er janvier 2026 vise le matériel de fabrication et de transformation (équipement d’usine), pas la machinerie de chantier.
  • Les véhicules. Les camionnettes et fourgonnettes de chantier relèvent le plus souvent de la catégorie 10 (30 %). Les camions ou tracteurs conçus pour le transport de marchandises dont le poids nominal brut dépasse 11 788 kg vont, eux, en catégorie 16 (40 %). Le seuil de 3 000 kg, souvent cité, ne classe pas un véhicule en catégorie 16 : il sert seulement à écarter le plafond des voitures de tourisme.
  • Note importante pour 2026 : l’incitatif à l’investissement accéléré (IIA) a été rétabli. Pour la plupart des biens amortissables acquis depuis 2025 et prêts à être mis en service avant 2030, une déduction bonifiée de première année s’applique, ce qui accélère l’amortissement de votre machinerie et de vos véhicules. L’avantage sera éliminé progressivement entre 2030 et 2033.
  • Matériaux, sous-traitance et déplacements. Les matériaux, les contrats de sous-traitance et les frais de déplacement vers des chantiers éloignés sont déductibles selon leur nature. Les équipements de sécurité (casques, harnais, bottes, dispositifs de protection) sont généralement déductibles à 100 % à titre de dépense d’exploitation.

Ces règles évoluent presque chaque année. Un mauvais classement de catégorie ou un IIA mal appliqué peut coûter des milliers de dollars d’impôt ou déclencher un redressement. C’est précisément la complexité qui justifie de confier ce travail à quelqu’un qui connaît la construction, et non de le bricoler en fin d’année.

Combien coûte un comptable spécialisé en construction

Parlons chiffres, puisque c’est ce que tout entrepreneur veut savoir. À titre indicatif, pour une PME type au Québec, le mandat annuel de conformité (déclarations de fin d’année et tenue de livres courante) se situe souvent autour de 2 000 $, avec une fourchette observée de 500 $ à 6 000 $ selon la taille et la complexité du dossier. Une entreprise de construction se situe plutôt dans le haut de cette fourchette, et un mandat complet qui cumule plusieurs des services ci-dessous, paie CCQ et comptabilité par projet en tête, peut la dépasser selon le volume et le nombre d’employés.

Les ordres de grandeur suivants, service par service et à la carte, donnent des repères de marché, pas un devis. On cumule rarement toutes ces lignes en même temps : les tarifs varient selon le volume, le nombre d’employés et la région.

ServiceCoût indicatif
Gestion de la paie CCQ50 $ à 150 $ par employé, par mois
Tenue de livres200 $ à 800 $ par mois
Rapports mensuels CCQ100 $ à 300 $ par mois
Comptabilité par projet300 $ à 1 000 $ par mois
Déclarations fiscales (T2 et CO-17)1 500 $ à 3 500 $ par an
Consultation fiscale150 $ à 300 $ de l’heure

Trouver un comptable spécialisé en construction

Le bon réflexe n’est pas de chercher le tarif le plus bas. Un comptable qui produit une paie CCQ sans erreur, qui optimise votre amortissement et qui garde vos attestations à jour vous fait économiser bien plus que la différence de quelques centaines de dollars sur ses honoraires.

Au-delà de la conformité : les leviers financiers du chantier

Produire des rapports justes et payer le bon impôt, c’est la base. Mais un comptable spécialisé sert aussi à autre chose : vous ouvrir des contrats plus gros, vous rémunérer de la bonne façon, maîtriser vos cotisations, gérer correctement vos taxes et garder des liquidités quand les chantiers roulent. Les sections qui suivent détaillent ces cinq leviers, du cautionnement à la trésorerie de chantier, qui font souvent la différence entre une entreprise rentable sur papier et une entreprise solide dans les faits.

Financement et capacité de cautionnement

Sur les marchés publics et les gros contrats privés, le cautionnement n’est pas un détail administratif : c’est la clé d’entrée. Un donneur d’ouvrage exige souvent trois garanties fournies par une société de cautionnement (la caution) : le cautionnement de soumission (bid bond), qui prouve votre engagement au dépôt de l’offre, le cautionnement d’exécution (performance bond), qui garantit l’achèvement des travaux, et le cautionnement pour gages, matériaux et services (labour & material payment bond), qui protège vos sous-traitants et fournisseurs. Sans capacité de cautionnement suffisante, certains appels d’offres vous sont tout simplement fermés.

Ce que la caution regarde vraiment

La société de cautionnement vous accorde une capacité, un plafond en dollars par contrat et au global, à partir de la solidité et surtout de la crédibilité de vos états financiers. Trois niveaux existent, du plus au moins rassurant : l’audit, la mission d’examen (norme NCME 2400, qui procure une assurance limitée) et la mission de compilation (norme NCSC 4200, aucune assurance), anciennement l’avis au lecteur. Plus le niveau est élevé, plus la caution accorde de latitude. Elle scrute ensuite votre fonds de roulement, l’avoir des actionnaires et, au premier chef, le tableau des travaux en cours (WIP) établi selon la méthode de l’avancement des travaux, qui révèle vos coûts à terme et vos profits non encore facturés.

Un comptable habitué aux dossiers de construction produit des états financiers prêts pour le cautionnement et un tableau des travaux en cours fiable, sans sur-facturation ni sous-facturation trompeuse. Résultat concret : une capacité de cautionnement plus élevée, donc l’accès à des contrats de plus grande taille. Discutez du niveau de mission approprié avec votre comptable et votre courtier en cautionnement.

Comment se payer : salaire, dividende ou un mix

Une fois incorporé, vous ne « retirez » pas l’argent de la société comme d’un compte personnel : vous choisissez un mode de rémunération. Les deux grandes options, le salaire et le dividende, n’ont pas les mêmes effets, et beaucoup de dirigeants combinent les deux.

Le salaire

Versé par la société, le salaire est déductible pour elle et génère un revenu gagné pour vous. Ses effets :

  • Il crée des droits de cotisation REER (18 % du revenu gagné, jusqu’au plafond annuel) et cotise au RRQ. En 2026, le taux de base du RRQ est de 10,6 % sur les gains entre 3 500 $ et 74 600 $, soit 12,6 % au total sur cette tranche en incluant la première cotisation supplémentaire de 2 % (part employeur et employé combinées).
  • Il constitue un revenu assurable et sert souvent de base vérifiable pour une hypothèque personnelle.
  • Il exige des retenues à la source et une gestion de paie.

Le dividende

Versé à même les bénéfices après impôt de la société (souvent en dividendes non admissibles), il n’entraîne ni retenues à la source, ni cotisation RRQ, ni droits REER. Il est généralement plus flexible, mais ne bâtit pas votre épargne-retraite enregistrée ni votre dossier de revenu.

L’angle construction

Le proprio qui travaille « sur les outils » peut être assujetti à la CCQ. Depuis le rapport mensuel de janvier 2026, les heures autrefois déclarées au statut F (administrateur salarié) sont déclarées au statut régulier de salarié lorsque la personne est enregistrée comme administrateur salarié à la CCQ, un changement qui touche directement la façon de vous rémunérer.

Il n’y a pas de réponse unique : le mix optimal dépend de votre situation, se recalcule chaque année et se valide avec votre comptable.

CNESST : votre classification vous coûte (ou vous économise)

S’inscrire à la CNESST n’est que la première étape. Ce qui détermine réellement votre cotisation, c’est votre unité de classification et le taux qui s’y rattache, appliqué par tranche de 100 $ de masse salariale. Les activités de construction figurent parmi les unités les plus chères du régime, et plusieurs taux d’unité ont augmenté pour 2026. Une entreprise qui exerce plusieurs métiers peut relever de plus d’une unité : une répartition floue de vos salaires peut alors vous faire payer un taux élevé sur une masse salariale qui relèverait d’une unité moins coûteuse.

Quand votre dossier commence à parler pour vous

Au-delà d’un certain volume de cotisation, vous passez du taux de l’unité au taux personnalisé : votre propre expérience en matière de lésions module votre cotisation, à la hausse comme à la baisse. Point clé souvent mal compris : il y a un délai. Les dossiers d’une année influencent les taux des années suivantes, sur une période de référence de plusieurs années. Un accident aujourd’hui peut peser sur vos primes pendant des années.

La mutuelle de prévention

Regrouper plusieurs employeurs au sein d’une mutuelle de prévention vous donne accès au taux personnalisé et permet de réduire la cotisation grâce à un programme structuré de prévention et de gestion des dossiers. Là encore, les effets se mesurent avec un décalage dans le temps.

D’où l’intérêt d’un suivi comptable rigoureux de vos masses salariales par unité. Validez votre décision de classification et votre admissibilité auprès de la CNESST ou d’un conseiller SST selon votre situation.

TPS et TVQ dans la construction : le piège de l’autocotisation

La règle générale est simple : la plupart des services de construction, de rénovation et de main-d’œuvre sont taxables. Vous facturez et percevez la TPS et la TVQ sur vos travaux, puis vous récupérez les taxes payées sur vos intrants (matériaux, sous-traitants, équipement) au moyen des crédits de taxe sur les intrants (CTI) et des remboursements de la taxe sur les intrants (RTI). Jusqu’ici, le mécanisme reste neutre pour l’entreprise inscrite.

La fourniture à soi-même

Le piège classique survient lorsqu’un constructeur bâtit un immeuble d’habitation neuf non pas pour le vendre, mais pour le louer. En vertu des règles de fourniture à soi-même (article 191 de la Loi sur la taxe d’accise et l’équivalent en TVQ), il est alors réputé s’être vendu l’immeuble à lui-même à la juste valeur marchande, en général au dernier des deux moments suivants : la fin quasi complète des travaux ou la première occupation ou location. Résultat : vous devez vous autocotiser la TPS et la TVQ sur cette valeur, et donc remettre des taxes sans avoir encaissé la moindre vente. Une erreur fréquente consiste à retenir une valeur gonflée tirée d’un rapport d’évaluation préparé pour le financement.

Récupération partielle

En contrepartie, vous récupérez les CTI et RTI accumulés jusqu’à l’autocotisation, et un remboursement pour immeuble d’habitation locatif neuf peut s’appliquer selon la valeur et les conditions d’admissibilité. Ces règles étant complexes, faites-les valider au cas par cas auprès de votre comptable ou d’un fiscaliste.

Être rentable et manquer de liquidités : la trésorerie de chantier

En construction, un projet peut afficher une belle marge au bilan alors que le compte bancaire est à sec. La raison tient au décalage entre ce que vous gagnez et ce que vous encaissez. Trois mécanismes creusent l’écart :

  • La retenue de garantie (souvent 10 %) immobilise une part de votre profit jusqu’à la fin des travaux ou la levée des déficiences, parfois plusieurs mois.
  • La facturation progressive encaisse en retard : vous déposez une demande de paiement, puis attendez l’approbation et le versement.
  • Les décaissements arrivent tôt : la paie de chantier se règle chaque semaine selon les règles de la CCQ, et les matériaux se paient bien avant que le client ne règle sa tranche.

Les outils pour piloter le décalage

  • La prévision de trésorerie roulante sur 13 semaines : elle projette entrées et sorties semaine par semaine et signale le creux avant qu’il survienne.
  • La marge de crédit d’exploitation adossée aux comptes clients : elle finance le délai entre la dépense et l’encaissement.
  • Le suivi séparé des retenues à recevoir : traitées à part, elles cessent de gonfler artificiellement vos liquidités perçues.

Sur les contrats publics, le Québec a formalisé un projet pilote concluant (2018-2021) en un Règlement sur les paiements et le règlement rapides des différends en matière de travaux de construction, en vigueur depuis le 8 septembre 2025 et déployé par paliers jusqu’en 2027. Il impose un calendrier de paiement obligatoire à toute la chaîne contractuelle. Vérifiez si vos contrats y sont assujettis, car ces délais encadrés changent votre planification de trésorerie.

Comment choisir le bon comptable

  • L’expérience réelle de la paie CCQ et des conventions collectives. Demandez concrètement combien d’entreprises de construction le comptable accompagne déjà. La mécanique CCQ ne s’improvise pas.
  • La maîtrise de la comptabilité par projet. Votre comptable doit pouvoir vous dire quelle marge vous faites sur chaque contrat, pas seulement à la fin de l’année.
  • La disponibilité mensuelle. En construction, l’information utile est celle du mois en cours, pas celle d’il y a huit mois. Un suivi trimestriel ou annuel ne suffit pas.
  • La connaissance des obligations RBQ et Revenu Québec. États financiers pour le renouvellement de licence, attestations, cautionnement : le comptable doit anticiper ces échéances.
  • Idéalement, un CPA membre de l’Ordre. À titre de conseil neutre, privilégiez un professionnel comptable encadré par un ordre professionnel, gage de compétence et de responsabilité.

Trouver un comptable qui connaît vraiment la réalité des chantiers et de la paie CCQ n’est pas évident, et des services de mise en relation spécialisés peuvent accélérer cette recherche.

L’essentiel à retenir

  • Le rapport mensuel CCQ est obligatoire même sans activité, se transmet en ligne et se paie électroniquement depuis janvier 2026. Les statuts M, F et L sont retirés.
  • La machinerie de chantier s’amortit en catégorie 38 (30 %), pas en catégorie 53 ni 43. L’IIA rétabli permet une déduction bonifiée de première année en 2026.
  • La retenue de garantie de 10 % est contractuelle, pas légale. C’est l’hypothèque légale (30 jours pour publier, 6 mois pour agir) qui vous protège.
  • Conservez vos documents 6 ans, tenez vos attestations de Revenu Québec à jour dès 25 000 $ de contrats, et surveillez le cautionnement RBQ.
  • Au-delà de la conformité : des états financiers crédibles et un suivi des travaux en cours augmentent votre capacité de cautionnement, donc l’accès aux gros contrats. Votre mode de rémunération et votre trésorerie de chantier pèsent autant que l’impôt.
  • Budget réaliste : souvent autour de 2 000 $ par an pour une PME type, plutôt dans le haut de la fourchette 500 $ à 6 000 $ pour une entreprise de construction.

Questions fréquentes

Dois-je produire un rapport mensuel à la CCQ même durant un mois sans chantier ?

Oui. Tant que votre entreprise figure sur la liste des employeurs de la CCQ, vous devez transmettre votre rapport ou un avis d’inactivité, et un minimum de 5,00 $ demeure dû. Depuis janvier 2026, la transmission se fait en ligne et le paiement par voie électronique.

La retenue de garantie de 10 % est-elle obligatoire au Québec ?

Non. C’est une pratique contractuelle très répandue, mais pas une obligation légale comme en Ontario. Le pourcentage et le délai de libération sont fixés au contrat. Votre véritable protection légale en cas d’impayé est l’hypothèque légale de la construction.

Ma nouvelle excavatrice va-t-elle en catégorie 53 comme on me l’a dit ?

Non. La machinerie mobile de chantier relève de la catégorie 38, au taux de 30 %. La catégorie 53 vise le matériel de fabrication et de transformation, et ses nouvelles acquisitions basculent d’ailleurs en catégorie 43 depuis 2026. En 2026, l’incitatif à l’investissement accéléré permet toutefois une déduction bonifiée dès la première année.

Comment augmenter ma capacité de cautionnement pour décrocher de plus gros contrats ?

La caution fixe votre plafond à partir de la crédibilité de vos états financiers, de votre fonds de roulement et d’un tableau des travaux en cours fiable. Un niveau de mission plus élevé (mission d’examen ou audit plutôt que mission de compilation) et des chiffres bien tenus rassurent la caution et élargissent votre capacité. Discutez du niveau approprié avec votre comptable et votre courtier en cautionnement.

Vaut-il mieux me verser un salaire ou des dividendes ?

Ça dépend, et beaucoup de dirigeants combinent les deux. Le salaire crée des droits REER, cotise au RRQ et sert de revenu vérifiable, mais exige des retenues à la source. Le dividende est plus flexible et évite ces retenues, mais ne bâtit ni REER ni RRQ. Si vous travaillez sur les chantiers, votre statut à la CCQ entre aussi en jeu. Le mix optimal se recalcule chaque année avec votre comptable.

Combien de temps dois-je conserver mes documents comptables ?

Six ans après la dernière année à laquelle les documents se rapportent. Ce délai vaut pour la CCQ, Revenu Québec et l’ARC. Concrètement, des documents de 2024 se conservent jusqu’à la fin de 2030.

Quand l’attestation de Revenu Québec devient-elle obligatoire pour mes sous-traitants ?

Dès que la valeur totale des contrats entre vous et un même sous-traitant atteint 25 000 $ hors taxes dans une année civile. L’obligation devient ensuite permanente et s’applique à tous les paliers de sous-traitance.

La hausse salariale de 5 % du 26 avril 2026 change-t-elle mes soumissions en cours ?

Elle change vos coûts de main-d’œuvre à venir, selon votre secteur d’activité. Ce taux de 5 % vise le secteur institutionnel-commercial et industriel. Les autres secteurs, résidentiel, génie civil et voirie, ont leurs propres taux et leurs propres échéances. Si vous soumissionnez pour des travaux qui se réaliseront après le 26 avril 2026, vos taux et vos prévisions doivent intégrer la hausse applicable à votre secteur, ainsi que celles déjà prévues pour les années suivantes.

Un comptable généraliste peut-il gérer une entreprise de construction ?

Il le peut sur le plan strictement comptable, mais la paie CCQ, la comptabilité par projet et les obligations RBQ demandent une expérience sectorielle réelle. Une erreur dans ces domaines coûte souvent plus cher que la différence d’honoraires.

Le cautionnement RBQ passe-t-il vraiment à 30 000 $ et 60 000 $ en 2026 ?

Pas encore. Les montants en vigueur restent de 20 000 $ (spécialisé) et 40 000 $ (général). La hausse proposée est au stade de projet de règlement. Vérifiez son état d’avancement auprès de la RBQ avant de budgéter.

À propos de Bankeo

Bankeo est un service québécois de mise en relation entre entrepreneurs et comptables, gratuit pour l’entrepreneur. Le réseau compte plus de 1 500 comptables au Québec et a reçu plus de 15 000 demandes depuis 2023, avec un jumelage souvent réalisé en moins de 48 h. Avec les changements CCQ de 2026, les hausses salariales et le rétablissement de l’IIA, s’entourer d’un comptable qui maîtrise la construction n’a jamais autant pesé sur vos marges.

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Bankeo est un service québécois de mise en relation entre entrepreneurs et comptables, gratuit pour l’entrepreneur. Le réseau compte plus de 1 500 comptables au Québec et a reçu plus de 15 000 demandes depuis 2023, avec un jumelage souvent réalisé en moins de 48 h. Avec les changements CCQ de 2026, les hausses salariales et le rétablissement de l’IIA, s’entourer d’un comptable qui maîtrise la construction n’a jamais autant pesé sur vos marges.

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