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Note économique : La hausse des coûts de construction institutionnelle s’accélère au 1er trimestre

Jean-Philippe Cliche
Chroniqueur actualités

La hausse des coûts de construction des bâtiments institutionnels a été très prononcée au cours des 12 derniers mois, autant au Québec qu’au Canada. En fait, il en coûte 10,6 % de plus en moyenne pour construire un bâtiment gouvernemental au pays par rapport à la même date l’an passée. La hausse atteint 10,9 % à Montréal, ce qui se situe tout juste en haut de la moyenne canadienne.

Hausse des coûts de construction au Canada entre le 1er trimestre 2021 et le 1er trimestre 2022
Bâtiments institutionnels T1 2021 T1 2022 Augmentation (%)
Ottawa-Gatineau, partie ontarienne, Ontario/Québec 115,9 133,8 15,4
Toronto, Ontario 112,7 129,7 15,1
Edmonton, Alberta 105,4 117 11,0
Montréal, Québec 113,8 126,2 10,9
Agrégat des 11 régions métropolitaines de recensement 109,2 120,8 10,6
Winnipeg, Manitoba 106,1 116,6 9,9
St. John, Terre-Neuve-et-Labrador 103,9 113,4 9,1
Halifax, Nouvelle-Écosse 109,1 118,9 9,0
Saskatoon, Saskatchewan 104 113,2 8,8
Moncton, Nouveau-Brunswick 108 117,3 8,6
Calgary, Alberta 104,3 112,9 8,2
Vancouver, Colombie-Britannique 109,4 117,8 7,7
       

Statistique Canada, tableau : 18-10-0135-01

Bien que nettement plus élevé que leur moyenne historique, ces hausses de coûts sont beaucoup plus faibles que les hausses de coûts répertoriés dans le secteur résidentiel. Ceci est attribuable à plusieurs facteurs, notamment le fait que les bâtiments institutionnels nécessitent moins de bois d’œuvre, une ressource qui s’est faite rares et chère au cours des deux dernières années. De plus, bien que la demande en bâtiment institutionnel soit élevée, elle n’a pas explosé comme nous avons pu le constater dans le secteur résidentiel. De plus, les problèmes de pénurie de main-d’œuvre en construction, qui sont certainement criants dans tous les secteurs de l’industrie, sont un peu moins prononcés dans le secteur institutionnel que dans le secteur résidentiel.

Il faut aussi comprendre que souvent, les contrats entre les donneurs d’ouvrage et l’entrepreneur général sont signés longtemps à l’avance, et donc que le prix a été déterminé avant les hausses de prix des matériaux de construction. Ceci fait en sorte que les ajustements sur les prix finaux prennent un certain temps avant de se matérialiser. À cet effet, nous encourageons fortement les entrepreneurs en construction et les donneurs d’ouvrages à utiliser une clause d’ajustement de prix des matériaux de construction dans leur soumission, tel que le fait la Société québécoise des infrastructures. SQI – Clause d’ajustement du prix des matériaux et équipements (gouv.qc.ca). Ceci permet aux entrepreneurs généraux de partager le risque de fluctuation des prix des matériaux avec le donneur d’ouvrage, et ainsi de soumissionner sur les contrats à des prix plus bas.

Dans nos recommandations budgétaires, nous avons d’ailleurs demandé au gouvernement d’aider financièrement les fournisseurs de matériaux de construction du Québec à augmenter leur production, et ainsi développer une certaine autonomie au Québec par rapport aux marchés étrangers. Espérons que ceci sera possible au cours des prochaines années.

L’accélération de la hausse des coûts de construction des bâtiments institutionnels n’est pas un phénomène isolé, alors que l’ensemble des provinces canadiennes sont aux prises avec les mêmes problématiques. Le graphique suivant illustre bien la hausse des coûts de construction de ces bâtiments depuis le 1er janvier 2017. On constate qu’en 2021, l’augmentation des coûts a été de 5,4 % à Montréal, et de 6,6 % dans les 11 principales régions métropolitaines de recensement.

graphique institutionnel

Augmentation des coûts des bâtiments institutionnels
 Ville 2018 2019 2020 2021
Moyenne canadienne 3,4 % 2,9 % 1,5 % 5,4 %
Montréal 4,0 % 3,9 % 3,1% 6,6 %
Ottawa-Gatineau 4,9 % 4,3 % 3,0 % 10,2 %
Toronto 4,4 % 3,4 % 2,3 % 8,3 %
Calgary  1,7  % 1,6 % 0,6 % 3,3 %
Vancouver  5,0 % 3,4 % 0,4 % 3,3 %
         

Statistique Canada, tableau : 18-10-0135-01

       

On constate aussi que la hausse des coûts de construction s’est accélérée à la suite de la pandémie. En effet, les problématiques d’approvisionnement, de prix des matériaux et de pénurie de main-d’œuvre ont rattrapé le secteur. Maintenant que les banques centrales nord-américaine ont pris la décision de resserrer les conditions de crédit en augmentant les taux d’intérêt, nous constatons que les prix des matériaux de construction diminuent. En fait, après un premier trimestre où les prix furent très élevés, les prix de l’acier et des métaux de base chutent en ce moment, et ceci devrait se poursuivre pour le reste de l’année, et aussi en 2023 . Cela dit, les prix demeureront plus élevés qu’avant la pandémie, mais la diminution sera la bienvenue, et fera certainement ralentir l’inflation et la hausse des coûts de construction.

Côté main-d’œuvre, nous croyons toujours qu’il sera difficile de palier la demande sans l’apport de travailleurs étrangers temporaires. Nous en avons d’ailleurs fait l’une de nos principales recommandations lors des consultations gouvernementales sur le budget provincial de 2022-2023. Nous souhaitons un programme spécifique et simplifié pour les travailleurs de la construction qui proviennent de l’étrangers, calqué sur le programme de l’industrie de l’agriculture.