Bye bye clavier, bonjour chantier
D’assistante dentaire à entrepreneure en finance, jeune maman, Kathleen Chartrand a troqué son bureau pour les chantiers, sentant qu’il lui manquait quelque chose.
« Tu arrives le matin avec ta liste de tâches… À la fin de la journée, tout est fait, mais il n’y a pas de résultats concrets à voir », confie-t-elle.
« Je suis très manuelle, j’adore bouger et travailler physiquement. Sur un chantier, tout est tangible : quand tu poses un plancher, il est là à la fin de la journée. Quand tu montes des murs, tu arrives le matin sur une dalle de béton et le soir, tes quatre murs sont debout. Tu vois exactement ce que tu as accompli, et ça, c’est un énorme plus pour moi. »
Pour transformer cette passion en carrière, Kathleen a décidé de se former concrètement.
Le DEP et F.I.C. : un tremplin pour se lancer
Elle suit actuellement un DEP en charpenterie-menuiserie et fait partie de la première cohorte du programme F.I.C. (Formation et Intégration en Construction), une initiative des Elles de la construction qui accompagne des femmes dans un secteur encore largement masculin. Parmi 250 candidatures, 15 participantes ont été sélectionnées, dont Kathleen, toutes animées par une passion commune pour la construction et prêtes à relever le défi.
La préparation avec F.I.C.
« C’est un parcours très excitant ! » dit Kathleen. Avant d’entrer sur un vrai chantier, elle suit plusieurs formations.
« D’entrée de jeu, j’ai eu cinq formations ! La première, c’était la sensibilisation : l’éthique au travail, les équipements de sécurité… et même comment bien forcer sans se blesser. En ergonomie, j’ai appris que la douleur est un signal : tu t’arrêtes, tu t’adaptes, tu n’endures pas. Et en kinésiologie, on apprend à bien se positionner et à lever correctement. C’est fou comme ça change tout ! »
Puis vient l’atelier pratique avec Stéphanie Lévesque, chargée de projet du programme F.I.C : « On a testé plusieurs outils : scies circulaires, scies sauteuses, fusils à clous… Pour certaines, c’était la première fois qu’elles touchaient à ces outils ! Chaque succès renforce notre confiance, et c’est hyper satisfaisant. »
Kathleen insiste sur l’importance de cette préparation : « On est sensibilisées, conscientes des dangers, et on sait comment agir sur un chantier. Ces formations, tout le monde devrait les avoir ! Et surtout, on est bien accueillies et encadrées, c’est précieux. »
Mais F.I.C., ce n’est pas que la technique : « Ce qui est incroyable, c’est le partage et la solidarité. On apprend ensemble, on s’encourage, on se soutient. Ça rend l’expérience encore plus forte et motivante. »
« Moi aussi j’ai le droit d’avoir mon pick-up ! »
Pour Kathleen, la construction n’est pas qu’un simple changement de carrière : c’est l’occasion de bâtir un avenir avec des avantages intéressants : bon salaire, assurances collectives, fonds de pension… Elle le dit sans détour : « Moi aussi j’ai le droit d’avoir mon pick-up, mon bateau, de voyager… toutes ces choses que je pourrai offrir à mes enfants. C’est un gros plus. Alors qu’est-ce qui te fait hésiter ? Lance-toi, fille ! »
Son message est clair : les femmes ont aussi leur place dans ce milieu, et la construction peut transformer autant la vie professionnelle que personnelle. « Pourquoi hésiter ? Il y a de la place pour tout le monde dans ce domaine. Si ça t’intéresse, lance-toi ! » dit-elle aux jeunes femmes qui hésitent à se lancer dans ce secteur.



Stéphanie Lévesque : la vision derrière le programme F.I.C.
Stratège et idéalisatrice du programme, elle veille à transformer les idées en actions concrètes. Pour elle, l’intégration des femmes est un puissant levier de transformation pour toute l’industrie.
« Le programme F.I.C., ce n’est pas juste moi qui le porte : ça va passer par toutes les femmes du programme qui entreront sur les chantiers avec leurs valeurs et leur éthique. On veut des changements durables pour tout le monde, pas seulement pour les femmes. L’industrie doit devenir attrayante, respectueuse et inclusive ; et on aimerait que le programme F.I.C. serve de levier pour y arriver. »
