Qu’est-ce qu’une innovation en santé et sécurité du travail (SST) ?
Il s’agit de solutions standardisées et adaptées à la réalité du chantier visant à prévenir les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs et réduire le bilan des lésions professionnelles des entreprises de la construction. Elles permettent également à ces dernières d’ajuster leurs protocoles de sécurité selon les normes en vigueur et de personnaliser les formations pour mieux encadrer les manœuvres dangereuses et, ainsi, éviter les accidents.
Si beaucoup d’innovations sont issues de la recherche, nombreuses sont celles qui voient le jour grâce à l’apport des travailleurs. En effet, ceux-ci connaissent mieux que quiconque les risques auxquels ils sont exposés dans le cadre de leurs fonctions. S’il est essentiel que les innovations reposent sur des principes scientifiques, elles doivent avant tout tenir compte de la perspective et de l’expérience des premiers concernés sur le terrain.
Quels avantages pour les entreprises ?
En intégrant ces outils, les entreprises optimisent la gestion des chantiers, modernisent leurs façons de faire et, surtout, sauvent des vies. Autrement dit, investir dans les innovations en SST, c’est investir dans le capital humain. Du même coup, l’adoption de ces solutions permet de faire des économies substantielles en indemnisations et en réclamations, assurant ainsi la pérennité des entreprises. Or, aujourd’hui, la culture de la prévention va au-delà du port de vêtements de protection ou de l’utilisation d’équipements spécialisés : elle nécessite de repenser les processus dans leur ensemble.
Ces dernières années, les innovations en SST ont fait des pas de géant, que l’on pense à l’amélioration des casques de sécurité ou encore à l’ajout de détecteurs de gaz. Ces nouvelles technologies transforment les pratiques et appellent l’élaboration de nouvelles normes au bénéfice des travailleurs et de leur qualité de vie. Or, plusieurs obstacles freinent actuellement l’adoption des innovations en SST par les entreprises, notamment :
- le coût souvent élevé des équipements intelligents;
- le manque de temps et de ressources pour former les travailleurs à ces outils;
- la réticence de certains à utiliser des dispositifs de surveillance.
Exemples d’innovations en SST par type d’aide
INFORMATIQUE
Il existe différents logiciels de gestion de chantier et applications mobiles qui permettent de suivre en temps réel les risques et les dangers sur le chantier, mais aussi de mener des inspections, de vérifier la conformité, de délivrer des attestations, et de créer des plans et devis, entre autres fonctionnalités.
Quant aux plateformes collectives et collaboratives, elles facilitent la communication entre les équipes et la planification des mesures préventives. De plus, certains logiciels, comme BIM 360, effectuent des analyses prédictives qui identifient et ciblent les zones à risque pour éviter qu’un potentiel incident ne survienne. Celui-là, en particulier, permet de modéliser les données du bâtiment pour anticiper les zones les plus susceptibles de poser des risques pour les travailleurs.
Crédit photo : AmelioAction

ÉLECTRONIQUE
Des capteurs portables et des dispositifs connectés sont utilisés pour surveiller la posture des travailleurs, leur niveau de fatigue, ou encore l’exposition à des contaminants chimiques ou physiques (vibrations, bruit, poussières toxiques quelconques, etc.). D’autres transmettent des alertes par GPS afin de prévenir les collisions entre les engins et les travailleurs. Il existe aussi des casques intelligents qui intègrent des fonctions de réalité augmentée pour guider les opérateurs en toute sécurité.
Pour les travailleurs en zone isolée, des semelles reliées à un capteur servent à assurer leur sécurité et à connaître leur emplacement. Certaines entreprises utilisent également des bracelets connectés pour alerter en cas de chute ou d’immobilité prolongée, améliorant la réactivité des secours en cas d’incident.
MÉCANIQUE
Les exosquelettes passifs et actifs se démocratisent et assistent de plus en plus de travailleurs dans les tâches répétitives, réduisant leur risque de développer des troubles d’ordre musculosquelettiques. Par exemple, certains modèles, comme le Hilti EXO-01,soutiennent les membres supérieurs des travailleurs qui effectuent des travaux nécessitant le maintien des bras en hauteur, diminuant la fatigue musculaire et le risque de blessures.
D’autres outils ergonomiques, comme les serrages assistés, pourraient réduire la pénibilité du travail. En outre, des équipements lourds pourraient être manipulés à bout de bras avec l’exosquelette, minimisant la charge physique tout en améliorant la précision.
Crédit photo : Delta Prévention

INGÉNIERIE
Les structures modulaires préfabriquées limitent les interventions en hauteur et les manipulations dangereuses ou à risque. Les systèmes de protection collective, tels que les garde-corps intégrés, sont pensés dès la phase de conception du projet pour réduire les risques pendant la construction du bâtiment. Il existe également des stabilisateurs d’échelles qui permettent de maintenir celles-ci en place, évitant aux travailleurs de glisser ou de tomber.
ROBOTIQUE
Les robots de démolition ou de forage interviennent dans les zones à haut risque pour limiter l’exposition humaine. Les robots-maçons de type SAM (Semi-Automated Mason) peuvent aider à poser des briques à une vitesse appréciable, garantissant précision et réduction de l’effort physique.
Grâce aux drones, il est désormais possible d’inspecter les structures en hauteur pour savoir où il y a des risques de chute pour les travailleurs. L’utilisation de drones intelligents permet également d’inspecter visuellement des lieux éloignés, contaminés par des substances chimiques, ou encore difficiles d’accès, comme des espaces clos.
D’autres robots autonomes, comme ceux adaptés au ponçage, existent et sont présentement en phase de test; ils permettent de réduire l’exposition à la silice cristalline, par exemple.

Crédit photo : National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH)
LEVAGE ET SUPPORT DE CHARGE
Les systèmes et équipements de levage automatisés réduisent les efforts physiques et les risques liés à la manutention. Les dispositifs de stabilisation et de contrôle intelligent préviennent quant à eux les basculements des charges, améliorant la sécurité globale sur le chantier.
FORMATION VIRTUELLE/NUMÉRIQUE
De plus en plus d’organisations ont recours à la réalité virtuellepour simuler des scénarios d’urgence (incendie, explosion, effondrement). Cette nouvelle approche aide à la préparation des travailleurs et réduit le risque d’erreurs humaines.
De plus, l’apprentissage par le jeu, appelé « ludification », sous forme de jeux vidéo, de réalité virtuelle ou encore de jeux d’évasion immersifs, permet de mieux comprendre les pièges, les risques et les dangers liés à certains types de travail dans le cadre d’une formation.
Conclusion
Les innovations en SST sont indispensables pour assurer aux employés un environnement de travail sécuritaire. En combinant nouvelles technologies et prévention, les entreprises renforcent leur culture en SST pour mieux protéger de façon proactive leurs travailleurs, ce qui améliore du même coup leur productivité. À n’en pas douter, le chantier de demain sera hautement connecté, centré sur l’humain et plus efficace que jamais, afin d’atteindre l’objectif ultime : zéro accident.
NDLR : En toutes circonstances, les innovations en SST doivent respecter le cahier des charges en ce qui a trait aux normes ainsi qu’aux réglementations locales en vigueur dans les milieux de travail.
Ressources utiles
- La Boussole numérique de l’ACQ : un outil d’autodiagnostic pour évaluer la maturité numérique de votre entreprise.
- Subventions : consultez les programmes de soutien offerts par Service Québec et le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour l’achat d’équipements en SST, l’adoption de technologies et les séances de formation.
- L’ACQ, ASP CONSTRUCTION et la CCQ : ces organismes proposent régulièrement des formations et des webinaires en santé et sécurité ainsi qu’en gestion de chantier.
Références consultées
- Code de sécurité pour les travaux de construction (CSTC).
- Règlement sur la santé et la sécurité du travail (CSTC).
- MultiPrévention : L’INNOVATION AU SERVICE DE LA PRÉVENTION – Dans le secteur manufacturier au Québec.
- CNESST, Catégorie Innovation, CNESST.
- Les innovations en matière de santé et de sécurité mises à contribution pour réfléchir au monde du travail en constante évolution dans le cadre du forum national – Canada.ca.
- L’outil de contrôle de la silice : un programme pilote pour l’industrie de la construction qui offre un outil en ligne de prévention des maladies professionnelles élaboré conjointement par les centres de santé des travailleurs de l’Ontario (Occupational Health Clinics for Ontario Workers [OHCOW]).