Innovation

Impression 3D : Une nouvelle façon de bâtir se dessine

Association de la construction du Québec
Actualités de la construction

Une maison construite en 24 heures, des coûts réduits de moitié et une transformation radicale des chantiers : l’impression 3D, longtemps présentée comme une technologie appelée à transformer la construction commence à faire ses preuves sur le terrain. Mais derrière les images spectaculaires de structures « imprimées », où en est réellement cette technologie en 2026?

Une récente veille stratégique réalisée par la firme Phar pour ACQ brosse un portrait nuancé de la situation. Plusieurs projets commerciaux ont été livrés en Europe et en Amérique du Nord, incluant des bâtiments de trois étages. Toutefois, la technologie ne vise pas à remplacer les méthodes conventionnelles.

Des gains mesurables

L’un des principaux changements observés en 2026 est l’arrivée de données comparatives permettant de mieux mesurer les bénéfices réels de l’impression 3D.

Le projet ViliaSprint, réalisé à Bezannes, en France, est particulièrement intéressant. Un bâtiment imprimé de 12 logements répartis sur trois étages a été comparé à un bâtiment réalisé selon une méthode conventionnelle sur le même site. Le gros œuvre du bâtiment a été réalisé en 34 jours plutôt que les 50 jours planifiés, tandis que la livraison globale a été devancée d’environ 3 mois. Le chantier a également mobilisé 3 opérateurs plutôt que 6.

Il reste toutefois important de préciser qu’à ce jour, l’avantage financier de l’impression 3D n’est pas clairement démontré.

image
Référence : Immeuble de trois étages, « ViliaSprint 2 », le projet du bailleur social Plurial Novilia, verra le jour d’ici à 2026 à Bezannes (Marne) grâce à la technologie de pointe de l’impression 3D béton. HOBO

D’autres projets démontrent également le potentiel de la technologie pour ce type de construction. Au Danemark, un développement de 36 logements étudiants a atteint un rythme de production beaucoup plus rapide à mesure que l’équipe gagnait en expérience.

Ces résultats sont particulièrement intéressants dans un contexte où les entreprises de construction doivent composer avec une pression importante sur la main-d’œuvre. L’impression 3D pourrait ainsi devenir moins une technologie visant à remplacer les travailleurs qu’un outil permettant de réduire la quantité de main-d’œuvre nécessaire à certaines étapes du gros œuvre.

Ce qui est réellement imprimé

Un point fondamental souligné dans le rapport de Phar pour l’ACQ : l’impression 3D ne réalise que 20 % à 25 % de l’ouvrage global.

Dans les projets recensés, l’impression 3D est principalement utilisée pour réaliser les murs et certaines parties de l’enveloppe. Les fondations, les planchers, la toiture, les fenêtres, la plomberie, l’électricité et les finitions demeurent réalisés avec des méthodes conventionnelles.

L’impression 3D ne remplace donc pas un bâtiment complet. Elle automatise surtout certaines étapes du gros œuvre (structure, enveloppe), pendant que les autres corps de métier continuent d’intervenir selon les méthodes conventionnelles.

Le défi climatique québécois

L’extrusion de béton en extérieur par grand froid représente un obstacle majeur. Le consortium québécois RI³D a privilégié une approche où les éléments structuraux sont imprimés en usine dans un environnement contrôlé 12 mois par année, puis assemblés sur le site.

Un prototype de bâtiment jumelé de deux étages est prévu à Amos, seule son enveloppe murale doit être imprimée, tandis que la structure porteuse demeure conventionnelle. Le projet permettra de recueillir des données cruciales sur la stabilité du bâtiment, l’humidité relative et la qualité de l’air afin de mieux documenter la performance de cette méthode dans le contexte québécois.

Le véritable obstacle : démontrer la conformité

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la principale barrière n’est pas nécessairement l’absence d’un cadre réglementaire. Le Code de construction du Québec permet déjà le recours à des solutions de rechange lorsque leur performance peut être démontrée. Le véritable défi réside plutôt dans la production des données techniques nécessaires pour démontrer la conformité, notamment: la résistance au feu, le gel-dégel, la résistance mécanique et la performance des interfaces entre les couches imprimées.

Une technologie prometteuse, mais pas une solution miracle 

L’impression 3D possède de véritables avantages, tels que la rapidité d’exécution de l’enveloppe et de la structure, la réduction de la main-d’œuvre requise et la flexibilité architecturale. La réduction de moitié des coûts de construction annoncée dans les premières années de développement n’est pas démontrée. L’investissement initial représente un frein important. L’acquisition d’équipements robotiques peut représenter plusieurs centaines de milliers de dollars. Pour un entrepreneur, la rentabilité d’un tel investissement dépend donc directement du volume de projet sur lesquels l’équipement peut être utilisé. Sans une planification suffisante et un nombre récurrent de projets, il peut devenir difficile d’amortir ces coûts.

De plus, bien que certains projets aient démontré des réductions de consommation de béton et d’émissions de CO₂, la technologie demeure actuellement limitée à des bâtiments relativement bas : les réalisations documentées plafonnent à trois étages. Au-delà de cette hauteur, les méthodes conventionnelles reprennent une place importante dans la structure.

À court terme, le scénario le plus réaliste semble plutôt être celui d’une évolution de la chaîne d’approvisionnement. Des composantes imprimées en usine pourraient être livrées sur les chantiers, puis installées par des équipes sur les chantiers.

Pour le secteur québécois, l’enjeu sera de déterminer où cette technologie crée réellement de la valeur, dans quelles conditions elle peut être rentable et comment l’intégrer intelligemment aux méthodes de construction existantes.

La prochaine révolution ne sera peut-être pas de construire une maison entièrement avec une imprimante. Elle pourrait être beaucoup plus pragmatique : imprimer mieux, en usine, et intégrer ces nouvelles composantes au chantier.