Chaque année, le secteur de la construction génère plus de 3,3 millions de tonnes de résidus CRD au Québec. Cependant, ce sont près de 1,6 million de tonnes qui sont directement envoyées à des sites d’enfouissement sans tri. [1]
Que deviennent les matériaux lorsqu’ils quittent un chantier? Certains prennent la direction des sites d’enfouissement, d’autres peuvent être récupérés, transformés et réintroduits dans l’économie. Derrière cette deuxième vie se cache une industrie qui fait face à de nombreux défis.
Béton, bois, gypse, métaux, peinture et autres résidus de construction, de rénovation et de démolition (CRD) suivent des parcours bien différents selon leur nature, leur état et les possibilités de valorisation. La récupération des matériaux repose sur toute une chaîne d’entreprises spécialisées qui doivent composer avec des enjeux de tri, de transport, de réglementation et de débouchés.
Pour expliquer tout cela, le Regroupement des récupérateurs et des recycleurs de matériaux de construction et de démolition du Québec (3RMCDQ) et leurs invités experts en la matière, en collaboration avec l’ACQ, propose une série de sept balados donnant la parole aux différents acteurs de cette industrie.
Fondé en 1997, le 3RMCDQ rassemble des entreprises et des intervenants spécialisés dans la récupération, le réemploi, le recyclage et la valorisation des matériaux de construction. Son rôle est principalement de représenter les intérêts de ses membres auprès des instances publiques, de permettre le partage d’expertise et de soutenir le développement de solutions permettant de donner une deuxième vie aux matériaux plutôt que de les envoyer directement aux sites d’enfouissement.
Le tri sur chantier
La récupération commence bien avant l’arrivée au centre de tri. Lorsque possible, prévoir des conteneurs pour séparer les matières sur le chantier permet d’améliorer leur potentiel de récupération.
Une bonne planification permet d’anticiper les différentes étapes des travaux, les corps de métier présents et les matières qui seront produites afin de prévoir les conteneurs nécessaires. Cette planification permet d’organiser la rotation des conteneurs selon les matières produites. Par exemple, selon la nature des travaux, on peut avoir une période où un conteneur dédié au gypse sera envoyé sur le chantier pour permettre la récupération de ces retailles. C’est l’approche présentée par Richard Caron, du Groupe Désourdy, qui intervient dans les balados. Son entreprise planifie la gestion des matières résiduelles en fonction des différentes étapes de construction.
Récupérer ne signifie pas nécessairement recycler
Si le tri sur le chantier facilite la récupération des matériaux, il ne garantit pas pour autant leur recyclage. Pour qu’elles soient réutilisées ou transformées, les matières doivent être dans un bon état et d’une certaine qualité, qui permettra leur traitement.
Dans l’un des balados, les intervenants d’Écopeinture expliquent notamment que certaines peintures ayant gelé ne peuvent plus être recyclées selon les procédés habituels. Cet exemple démontre qu’une matière peut être récupérée sans nécessairement pouvoir être transformée en un nouveau produit.
Au-delà de la qualité des matériaux et des débouchés disponibles, les entreprises de récupération et de recyclage doivent composer avec plusieurs défis pour développer leurs activités.
La modernisation des centres de tri représente notamment un investissement important. L’installation de nouveaux équipements, l’automatisation de certaines opérations et l’intégration de technologies de tri permettent d’améliorer le traitement des matières. Toutefois, ces solutions nécessitent des ressources financières considérables, sans nécessairement garantir une meilleure valorisation de tous les matériaux.
Dans l’un des balados, les invités abordent la question d’un projet de centre de tri à Bromont dans lequel environ 20 millions de dollars auraient déjà été investis. Cet exemple illustre l’ampleur des ressources nécessaires pour développer de nouvelles infrastructures de récupération. Ainsi, le recyclage ne dépend pas seulement de la quantité de matières récupérées, mais aussi de leur qualité et de la capacité des entreprises à les transformer et à leur trouver une nouvelle utilisation.
À ces investissements s’ajoutent des coûts de transport. Selon la région, l’éloignement des installations de traitement et des marchés peut compliquer l’acheminement des matières récupérées. Le transport devient ainsi un facteur important.
Des exigences réglementaires à considérer
Le développement de nouvelles solutions de récupération doit également tenir compte du cadre réglementaire québécois.
Dans un épisode consacré aux enjeux juridiques, une avocate spécialisée en droit de l’environnement explique que les entreprises souhaitant exploiter des installations de tri ou de valorisation doivent déterminer les autorisations nécessaires avant de commencer leurs activités.
D’ailleurs, ces démarches peuvent nécessiter des études techniques, des mesures de protection environnementale et des échanges avec les autorités compétentes. Elles doivent donc être intégrées dès la planification des projets.
Cette discussion souligne ainsi l’importance de trouver un équilibre entre le développement de nouvelles filières de recyclage et la protection de l’environnement.
Une responsabilité partagée
À travers la série de sept balados, un constat se dégage : améliorer la récupération des matériaux de construction nécessite la collaboration de nombreux acteurs.
Pour améliorer la récupération des matériaux, les entrepreneurs en construction et les entreprises de recyclage doivent travailler ensemble.
Cette série proposée par le 3RMCDQ, en collaboration avec l’ACQ, permet de mieux comprendre les réalités de cette industrie, de voir les initiatives déjà mises en place et les défis qui demeurent.
[1] Résidus de construction, rénovation et démolition (CRD) – RECYC-QUÉBEC